Document sans titre
La publication de Kashkazi interrompue
Trois ans après sa naissance, Kashkazi, premier et pour l'heure seul journal présent dans les quatre îles de l'archipel des Comores, voit sa parution une nouvelle fois interrompue. Après une longue –et douloureuse- réflexion, la rédaction a pris sa décision : Kashkazi, sous sa forme mensuelle, ne paraîtra plus.
Deux considérations expliquent ce choix.
La première est financière. Nous l'avons régulièrement écrit : la situation financière de Kashkazi a toujours été fragile. Né de la volonté des trois fondateurs du journal (trois journalistes qui détiennent 100% du capital de l'entreprise) de conférer à la rédaction une entière liberté, Kashkazi n'a jamais mis en jeu son indépendance, quitte à s'aliéner les annonceurs potentiels. Jamais la rédaction n'a accepté, comme tant d'autres, de plier face aux pressions du pouvoir économique –particulièrement fort à Maore- et à sa censure. Seules les ventes du journal auraient pu nous permettre de nous développer. Or malgré des taux d'invendus exceptionnellement bas à Maore comme dans les trois îles des Comores indépendantes (moins de 5% en moyenne, parfois 1%), ces ventes ne nous ont pas permis d'assumer toutes les charges, à commencer par l'impression, qui représente 80% des dépenses de Kashkazi. Si depuis trois ans nous étions arrivés à l'équilibre budgétaire –un équilibre cependant très précaire-, la récente crise aux Comores indépendantes ne nous permettait pas d'envisager de meilleures ventes, ni même de trouver de nouveaux annonceurs. Mais l'argent n'est rien sans l'engagement des hommes et des femmes…
La seconde considération, la plus importante, est humaine. Depuis ses débuts, Kashkazi fonctionne autour d'un noyau de trois journalistes – ses trois fondateurs. Si nous avons pu compter sur des collaborateurs, et surtout sur l'aide ô combien bénéfique de quelques amis désireux de nous accompagner dans cette aventure, jamais nous n'avons pu (ou su) trouver les ressources humaines capables de nous soulager, voire, à terme, de nous succéder. Durant trois ans, les trois journalistes fondateurs, soucieux de faire de ce journal une référence tant en termes de qualité que de crédibilité et d'honnêteté –autant de critères qui demandent une masse de travail importante-, ont mis de côté leur vie personnelle. Un engagement qu'aucun ne regrette mais qui, au fil des mois, était devenu de plus en plus pesant. Aujourd'hui, ces trois journalistes ressentent le besoin –la nécessité- de souffler et, pour certains, de s'engager dans d'autres voies. L'énergie nécessaire à la réussite d'un tel projet, celle qui nous a permis, durant 73 bouclages, de réaliser Kashkazi dans un contexte financier et matériel très précaire, a disparu.
Plus que financière, la raison de l'interruption de la publication de Kashkazi est donc avant tout humaine. "C'est le principal problème de ce pays", nous expliquait récemment une fidèle lectrice. "Trouver les ressources humaines capables de s'investir pleinement dans un projet". Nous en faisons aujourd'hui l'expérience.
De fait, la rédaction, incapable de poursuivre le rythme de ces trois dernières années, a décidé d'interrompre la publication mensuelle de Kashkazi. Cela ne signifie pas que le titre –et l'esprit qui va avec- disparaît. Kashkazi renaîtra certainement de ses cendres dans quelques semaines , mais dans une formule moins contraignante pour ses membres, qui leur permettra de conjuguer vie privée et projets personnels d'un côté ; indépendance, rigueur professionnelle et équilibre budgétaire de l'autre.
Nous vous en tiendrons évidemment informés.
La rédaction
PS : Les abonnés (papier et PDF) peuvent nous contacter à kashka2005 arobase yahoo.fr . Nous mettons en place un système de basculement des abonnements vers la future version de Kashkazi. Pour les abonnés les plus récents, un remboursement de la différence est envisageable, à leur demande.
|