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Mardi 14 novembre 2006. La une du Mahorais fait sensation. “oui à la consultation” titre le journal qui n’appartient pas à Mansour Kamardine. Alors que Le Mawana avait annoncé deux semaines plus tôt que les espoirs de la classe politique de voir les Mahorais consultés sur le statut de département avant la fin de l’année étaient vains, voilà que le journal qui ne soutient pas l’UMP annonce en très gros caractères le contraire. Que se passe-t-il ? Le lecteur non averti s’empresse d’acheter l’hebdo pour lire aussitôt la légende qui accompagne la photo de Jacques Chirac. Pour apprendre ceci : “Le chef de l’Etat (...) refuse la consultation en 2006, préférant que celle-ci se déroule un peu plus tard, en 2008, soit deux ans avant la date prévue.” Pour résumer, la consultation, c’est non maintenant mais oui plus tard quand Chirac ne sera plus président. Donc pas vraiment oui, voire un peu NON. Mauvaise foi exacerbée du journal qui, à l’image de celui qu’il ne soutient pas, semble accuser le coup après cette “défaite” ? A lire l’article de Samuel Boscher, il s’agirait plutôt d’une divergence d’interprétation qu’en langage scientifique on doit nommer hallucination. Car le directeur du journal persiste. Avant de livrer ses révélations, on ne résiste pas à l’envie de vous proposer cette phrase craquante : “Tant pis pour les départementaux sceptiques qui disposent visiblement de bien plus de gouaille que de jugeote, faisant germer par leurs méconnaissances, le doute dans les esprits de ceux et celles qui patientent depuis 1958 que l’île aux parfums sorte de sa [attention, c’est là que ça devient intéressant] chrysalide et prenne son envol au coeur de l’essaim des institutions de la République.” Baudelaire n’a quà bien se tenir... Mais passons aux choses sérieuses. Car selon le journal qui propose en Une pas moins de huit publicités, “si l’homme [le président de la République, ndlr] rencontre paraît-il des problèmes auditifs, il n’a cependant pas fait la sourde oreille à la requête qui lui a été adressée (...) Le président se prononce favorablement pour que “la consultation actuellement prévue en 2010 par la loi” puisse (...) “être avancée d’une voire de deux années”.” Selon Le Mahorais, la consultation n’aura donc pas lieu en 2010, mais en 2008, d’où le OUI. Un OUI en avance, un OUI chiraquien (le président a-t-il jamais tenu une promesse ?) mais un OUI tout de même. Comme ça au moins, le journal pour lequel les sans-papiers sont de vulgaires “clandos” -c’était écrit ainsi dans une précédente édition- pourra dire qu’il fut le premier à annoncer la consultation tant souhaitée. En 2008. Ou après...
Selon une définition courante, “les propagandistes cherchent à altérer l'opinion publique en faveur de leurs intérêts propres. Cette imposition d'une nouvelle perspective a pour objectif de modifier les actions et les espérances de la cible. La propagande complète les dispositifs de censure. Celle-ci opère dans le même but, mais de façon négative, par la sélection intéressée des informations favorables à l'interprétation voulue. La propagande procède par excès d'informations, alors que la censure joue d'un manque délibéré d'informations. Ce sont les deux faces d'une même stratégie de domination mentale, surtout utilisée dans les contextes de guerre”.
Serait-on en guerre dans l’archipel ? Pas vraiment, quoique certains journalistes et politiques mahorais croient encore en l’ennemi comorien. Mais là n’est pas l’objet de cette chronique. La corrélation entre propagande et censure nous permet cependant de nous intéresser à l’autre journal le plus lu de l’île.
Comment conclure cette chronique en effet sans évoquer le nouveau combat de Laurent Canavate, le directeur de Mayotte Hebdo, le journal qui ne soutient pas lui non plus Kamardine et qui n’a jamais ô grand jamais pratiqué la censure ? Il n’est pas question ici du combat de LC qui consiste à demander la régularisation des sans-papiers qui travaillent. Cette position mériterait toutefois que l’on s’y arrêt, alors que ce même LC dénonçait voici un an dans un édito sans équivoque le poids insupportable de ces “clandos” - comme dirait l’autre- sur l’économie locale. Bref, la schizophrénie n’est pas propre aux Comoriens de naissance. Passons...
Le nouveau combat de l’auteur des éditoriaux les plus pertinents de l’archipel est la liberté d’écrire. Oui, ce journaliste aguerri au Journal [du Mouvement populaire] de Mayotte revendique dans l’édition du 24 novembre “la liberté de taper sur le clavier et de laisser les mots venir, filer, couler sur la page blanche de l’écran plat...” En voilà, un journalisme engagé, fier de défendre le droit de posséder un écran plat. Vive la liberté de la presse avec Mayotte Hebdo*. Sans censure ni propagande.
RC
* dans la limite des stocks disponibles
2008-09-08 |