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Il n'est pas facile de perdre un marché de plusieurs millions d'euros, courant sur quinze années, dans le domaine le plus vital qui soit : l'eau potable. Il n'est pas non plus simple de le gagner, sauf à y faire bien souvent quelques entorses aux règles morales, et parfois pénales. C'est chose courante dans le secteur de l'eau, qui fut jadis une fontaine intarissable pour le financement des partis politiques français. Plus de dix ans après la loi Sapin qui régit entre autres les délégations de service public, les petits cadeaux et les grandes promesses chiffrées ne sont pas rares. Surtout quand elles mettent aux prises, comme à Maore, les deux géants français du secteur : Veolia, l'outsider qui gère notamment le réseau de la Réunion, numéro un mondial dans le domaine de l'eau, présent dans 57 pays ; et Vinci, par l'intermédiaire de la Sogea Mayotte, qui concourt pour un troisième contrat, après ceux remportés en 1977 et 1992.
L'attribution du contrat d'affermage de l'eau potable à Maore pour une durée de 15 ans devait connaître son dénouement le 25 novembre. Ce jour-là, les 34 délégués du Syndicat intercommunal d'eau et d'assainissement de Mayotte (Sieam) étaient appelés à voter ou non le rapport du président du Syndicat, Madi Ahamada, qui se prononçait très clairement en faveur de la Sogea. Le tout dans une ambiance tendue, après les allégations du journal Mayotte Hebdo, selon lequel les dés étaient pipés depuis bien longtemps. 33 délégués étaient présents. Seul Mohamed Abaine, délégué de Kani-Kely, rapporteur de la commission de délégation de service public (suppléé par Mouridi Ahamada), était absent.
20 délégués ont voté à bulletin secret pour le rapport du président qui proposait la Sogea, 13 ont voté contre. Mais l'affaire n'en est pas pour autant close. Le perdant, Veolia, a porté plainte devant le tribunal administratif de Mamoudzou pour vice de procédure, qui a suspendu de fait la signature du contrat pour un délai de 20 jours. Les trois candidats en lice -en plus de Veolia et Sogea, il y a GTA, semble-t-il hors course- devront se présenter au tribunal le 8 décembre. Le délibéré sera rendu le 14 décembre. Les partisans de Veolia et de GTA, parmi lesquels deux associations de consommateurs, envisagent en outre de porter l'affaire au pénal, pour corruption. Dans cette affaire, c'est donc la justice qui se prononcera. C'était écrit à l'avance…
(la suite dans Kashkazi n°58)
2008-09-08 |