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F.OP, pour Fonction publique. A elles seules, ces trois lettres sont un cauchemar. Un roc sur lequel les régimes successifs se sont fracassé. L'abysse où reposent les deniers de l'Etat. Ces trois lettres font et défont les gouvernements, mettent le pays à feu, à sang et à genoux devant les institutions de Bretton Woods et pour boucler le tout, sont responsables du sobriquet de mauvais élève qui nous colle à la peau. Ces agents de l'Etat, dont on ne connaît jamais le nombre exact, -10.000, peut-être plus, l'Union européenne se montre réservée sur les données fournies par le ministère des Finances- ne ruinent pas seulement les espoirs de toute la nation, ils rendent la vie impossible à Abdou et à Saïd.
Vous ne le savez peut-être pas, mais chaque fois que vous et moi, citoyens de l’Union des Comores, payons notre facture d'électricité, une part de cet argent va -normalement- à l'Etat. Sur chaque carte de téléphone que vous achetez pour parler à la famille, l'Etat récupère 300 fc. La fameuse taxe unique relevée sur chaque cargaison d'hydrocarbures, c'est vous et moi qui la payons en définitive, en faisant le plein de notre véhicule ou en achetant un litre de pétrole lampant pour faire la popote. Chaque fois que vous entrez dans une boutique, vous versez quelques centimes pour l'Etat. Bref, quand chacun de nous se lève le matin pour aller travailler et nourrir sa famille, une part de ce qu'il gagne par sa sueur revient à l'Etat par le biais de ces divers impôts. Ce n'est pas l'Etat qui nous fait vivre, c'est la population qui le nourrit.
Jusque là, rien que de très normal. Un pays a besoin d'une administration pour faire marcher les écoles, les hôpitaux, fournir de l'électricité, construire des routes, des aéroports, aider les plus démunis… Le problème n’est pas là. Au contraire. Mais aux Comores, nous marchons la tête à l'envers. Non seulement rien de tout ce qui est cité plus haut ne fonctionne, mais tout ce qu'on prélève sur nos maigres revenus, ne sert qu'à payer les salaires du personnel administratif. A lui seul, le mammouth consomme en salaires 65% des recettes du pays. Certaines sources estiment ce chiffre à 80%. La part restante est répartie entre le paiement du service de la dette et les pensions des retraités. Non seulement, il ne reste plus rien pour financer les infrastructures du développement, mais les agents administratifs ne sont pas payés régulièrement et brandissent l'insolvabilité de l'Etat pour ne rien faire. Si tout travail mérite salaire, ce dernier aussi doit se mériter, ce qu'on oublie souvent de dire.
Trente ans que les Comores se sont enfermées dans ce cercle vicieux. A l'exception de la parenthèse Ali Soilihi, qui avait fait le choix de "dissoudre" l'administration héritée de la colonisation, pour en reconstruire une nouvelle adaptée aux réalités du jeune Etat, les régimes successifs ne se sont jamais posé la question de la mission que doit remplir notre administration. Ils ont laissé se développer la fausse idée d'un Etat providence, sans avoir les moyens d'entretenir ce mirage. Dans un pays où le secteur privé est atrophié, l'administration est perçue comme un pourvoyeur d'emplois. Sans profil de poste, sans mission précise, sans obligation de résultats pour chaque agent, sans mécanisme d'évaluation, l'administration ne s'est fixée aucune règle de recrutement précise, privilégiant un mode de recrutement fondé sur la quantité au détriment de la compétence. Dans cette confusion, l'Etat n'est plus perçu comme une institution qui régule les carrières de ses agents, qui doit rendre service à la population, mais comme une officine politique servant à placer les partisans et les amis. Une boîte d'intérim.
Sous la pression des institutions de Bretton Woods, le gouvernement a engagé en 1994, une politique d'ajustement structurel dont le seul objectif a été de réduire la masse salariale par une équation simple, consistant à diminuer les effectifs. Ce premier toilettage a certes permis de débarrasser les fichiers de la FOP d'un excédent d'agents fantômes qui continuaient à percevoir leur solde alors qu'ils n'étaient plus en service, ou tout simplement décédés. Un assainissement, pas une réforme. Le résultat s'étant avéré nul à moyen terme, l'opération a été répétée en 2000, sans prendre le taureau par les cornes en commençant par définir les missions générales de l'administration. C'est ce travail de réflexion sur le rôle de la Fonction publique et sur les statuts des corps professionnels qui est confié depuis deux ans à l'APP. Des efforts sont faits cependant. Le dernier en date est la proposition du ministère des Finances de mettre en place un service de la solde pour faire le pont entre l'employeur (le ministère de la fonction publique) et le payeur (le Trésor public), afin de mettre fin au désordre qui existe sur les effectifs du personnel administratif.
Il est temps de commencer à parler de réformes en mettant à plat une bonne fois pour toutes les problèmes de la fonction publique. Un débat s'avère nécessaire pour sortir des rapports d'experts qui finissent leur course dans les tiroirs d'un personnel politique qui n'a aucun intérêt à voir changer les choses.
A commencer par nommer un vrai directeur de la FOP, capable de repenser l'organisation de la machine administrative. Faire respecter les lois en dotant le pays de la Haute autorité de la fonction publique prévue par les textes. Compléter les statuts des différents corps professionnels pour mettre fin au SAS des "assimilés", cette aberration qui autorise à affecter un enseignant à la direction de l'Equipement, sous prétexte qu'il n'a pas de poste dans un établissement scolaire. Autant demander à un chauffeur de taxi de piloter un avion… Fixer des cahiers des charges pour chaque agent et des mécanismes d'évaluation, mais aussi de sanction. Etablir les concours de recrutement pour instaurer l'égalité des chances et cesser de faire croire que l'obtention d'un diplôme vaut attestation d'embauche. Doter les agents d'un plan de carrière, de formation et de recyclage afin de leur donner tous les moyens de remplir leur mission.
Pour réussir une telle réforme de fond, il est indispensable de l'accompagner d'une pédagogie citoyenne en rétablissant l'ordre vrai des choses. Le Comorien est un contribuable. On ne le lui dit pas assez. C'est lui qui finance par les impôts qu'on prélève sur ses revenus, le fonctionnement de l'administration. Le payeur c'est lui, ce qui lui donne un droit de regard et une exigence de service de qualité. Pas l'inverse. La fonction publique doit se mettre à son service, répondre à ses besoins, fournir un rendement et être jugée si elle est défaillante. La population ne peut pas continuer à voir ses enfants ne pas aller à l'école, à ne pas recevoir des soins adéquats, à quémander l'obtention d'un document quelconque à l'agent qu'il paie pour faire ce travail. L'agriculteur de Nyumamilima comme celui de Koni et de Mbatsé a des droits à réclamer au fonctionnaire assis dans son bureau. Un droit, pas une aumône.
Malgré les imperfections, le pays dispose de ressources humaines capables de mener ces réformes. S'il faut imposer au mammouth un régime d'amaigrissement, faisons-le pour sortir du tunnel. Parce que tant que le pays ne disposera pas d'une administration efficace et non inflationniste, aucune politique de développement ne sera possible.
KES
2008-09-08 |