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Le regard d'un étranger de passage sur une ville est souvent en décalage avec celui que portent sur elle ses habitants. C'est particulièrement vrai pour Fomboni, qui cache bien plus d'histoires à demi enfouies que son visage de bourgade minuscule et son air de tourner en dérision le mot "capitale", ne le laissent penser. Pour le visiteur, Fomboni, c'est ce mélange d'argile, de feuilles et de vieilles pierres qui s'étend de chaque côté d'une longue avenue, depuis la Poste et l'hôpital jusqu'au terrain de foot et l'hôtel Akmal, en passant par un palais de justice sans doute parmi les plus modestes au monde, une brigade de gendarmerie on ne peut plus calme, une grande place où des ânes vivent leur vie d'âne sans la moindre pudeur, sans oublier le marché bordant la mer autour duquel tournent les taxi-brousse. Fomboni, c'est encore ce lieu étonnant où il suffit de s'asseoir dans l'un des deux points stratégiques de la ville -devant le marché ou l'hôpital- pour voir apparaître la personne que l'on cherche. Où les habitudes des uns sont si familières aux autres que les chauffeurs et passagers des minibus, qui tournent plus d'une heure dans la capitale avant de partir pour les villages, savent qui attendre, où trouver celui qui doit récupérer ses clés, où déposer un bébé, à qui est destiné ce cabri sous le siège. C'est justement parce que tout est petit et que les hommes se connaissent bien que le moindre lieu est lourd de sens.
Derrière la route, du côté opposé à la mer, Mjimbia semble incarner la manière dont les gens de l'extérieur -pas seulement les étrangers, mais aussi certains Comoriens qui répètent bêtement que "les Mohéliens ont des voitures mais préfèrent se déplacer en âne"- se représentent la vie "à la mohélienne". Cases de terre battue bien alignées, mosquées sans prétention entourées d'herbe, un pont sur une rivière, des bancs à l'ombre de grands arbres. Pas de bruits de moteur mais de la musique à la mode qui s'échappe des murs d'argile.
La plupart des Mohéliens qui vivent ici seraient pourtant bien en mal de prétendre jouer les ambassadeurs de l'île, de peur de se voir rire au nez. L'ex-Grand cadi, tout juste retraité, les classe dans la septième et dernière génération de peuplement de l'île, mafanyahazi (les travailleurs). Autant dire des Mohéliens de seconde zone…
(la suite dans Kashkazi n°62)
2008-09-08 |