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Alors que le Comité du tourisme de Maore tente de se faire une place dans le lot déjà très fourni des destinations touristiques "de rêve", c'est auprès d'un autre public que l'île sous administration française s'est fait un nom. Une notoriété malgré elle, dont les autorités locales se passeraient volontiers. Mais comment y échapper ? Un îlot de prospérité -c'est du moins ce qu'on croit depuis le continent- et des lois françaises -parmi lesquelles celle qui octroi le statut de réfugié politique- à moins de trois heures à vol d'avion d'une des régions les plus traumatisées du monde ? Une aubaine pour les centaines de milliers d'Africains qui, chaque année, fuient leur pays pour tenter de trouver, comme ils disent, "un peu de sécurité". Pas plus. Comme l'explique Ely (1), réfugié rwandais à Maore depuis deux ans, "vous pouvez dire ce que vous voulez, qu'il n'y a pas à manger, pas où dormir. Que la vie est difficile. Quand quelqu'un est en danger, il ne cherche qu'une chose : un endroit où il sera en paix."
En 2001, lorsque le Secours catholique a commencé à les accueillir, ils n'étaient que deux. Puis le bouche-à-oreille a fonctionné. Dans les zones où se trouvent des camps de réfugiés (en Ouganda, au Kenya, en Tanzanie), le nom de Maore est régulièrement cité, affirment ceux qui y vivent aujourd'hui. La porte dérobée de la France, comme l'a qualifié le quotidien français Le Monde, est désormais connue. Des réseaux plus ou moins bien organisés, plus ou moins éphémères aussi, se sont constitués, à partir de la Tanzanie pour certains, et ont commencé à informer les "âmes en peine" de l'existence d'un "eldorado" dans le canal du Mozambique. Récemment, dix réfugiés ont été arnaqués par deux usurpateurs qui se faisaient passer pour des agents du HCR (Haut Comité aux Réfugiés, organisme des Nations unies). Contre 6.000 euros, ils devaient gagner les côtes mahoraises ; leur route s'est arrêtée à Ngazidja (lire page suivante). Dans l'Union, s'il ne semble pas exister de réseau digne de ceux qui se sont constitués dans d'autres zones de migrations (aux Canaries ou entre l'Albanie et l'Italie), certains se sont spécialisés dans le passage des demandeurs d'asile. Ils les hébergent, les nourrissent, et les font passer -en kwassa-, parfois même, ils les rackettent, pour des sommes pouvant aller jusqu'à 300 euros par personne.
Bien connues, ces personnes se situent à Ngazidja et Ndzuani. Elles guettent les arrivées d'avions et de bateaux en provenance du continent (essentiellement de Zanzibar et Dar-es-Salaam), et récupèrent les demandeurs d'asile qui, souvent, ne connaissent personne sur place. "Le collimateur [le nom donné à ces intermédiaires, ndlr]", nous explique un passeur, "c'est la personne qui est en liaison directe avec les deux réseaux de Moroni et Mutsamudu. Il est toujours avec son téléphone pour prendre les critères de ces gens qui arrivent. Il est souvent de permanence au port de Mutsamudu pour les accueillir. C'est lui qui leur permet de franchir la barrière de la police aux frontières, parce que ce n'est pas facile pour un Africain. En général, il dit que c'est de la famille, ou que c'est pour faire du commerce." Il touche en moyenne 10.000 fc (20 euros) pour chaque personne amenée chez le passeur.
(la suite dans Kashkazi n°62)
2008-09-08 |