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Dès avant le début de la compétition, les Réunionnais s'étaient faits remarquer. Tandis que la majorité des habitants de la région vit avec deux francs six sous -surtout à Antananarivo, lieu d'organisation de ces Jeux-, à quoi pensaient les sportifs de la Réunion ? A l'eau chaude. Extrait d'un article de L'Express de Maurice daté du 28 juillet : "S'il ne cache pas qu'ils ne devront pas s'attendre à être logés dans un "5 étoiles", le président du Cros [Jean-François Beaulieu] veut rassurer les sportifs réunionnais sur les conditions d'hébergement qu'ils trouveront, dans quinze jours, à Madagascar. "On va faire du camping". "Il paraît que les douches sont communes et qu'il n'y a pas d'eau chaude. Ça inquiète les filles. Tant pis, elles ne se laveront pas." Sous forme de boutade, les réflexions ont circulé dans les rangs à l'occasion du grand rassemblement des sélectionnés (…). Si certains préféraient en rire, d'autres se posaient la question avec le plus grand sérieux du monde (...). Les conditions d'hébergement et de restauration seront-elles celles - déjà très spartiates - annoncées ? (...) Par crainte des mauvaises surprises, certaines sélections ont même pris les devants à l'image des footballeurs qui ont décidé de coucher à l'hôtel la nuit précédant leurs matches. Les judokas, eux, n'excluent pas de prendre leurs repas à l'extérieur du village. Quant aux marathoniens, ils ont choisi d'arriver la veille de leur épreuve pour éviter les risques." Pour la fraternisation avec les athlètes des autres îles, on repassera -on ne parle même pas du mépris vis-à-vis des autorités malgaches... Les riches avec les riches et les pauvres avec les pauvres, et les médailles seront bien attribuées.
Mais qu’on se le dise, les Réunionnais n'ont pas le monopole du luxe. Les Mauriciens, eux aussi visiblement très attachés à leur confort, semblaient accorder à ce type de considérations plus d'importance qu'à tout le reste. Toujours L'Express de Maurice, le 10 août, au lendemain de l'arrivée de la délégation mauricienne à Tana : "La première question des athlètes était de savoir quelles conditions prévalaient à Madagascar, surtout au niveau des installations au Village. Certains rechignaient à l'idée que les douches soient communes." On rassure les âmes sensibles : l'eau chaude était au rendez-vous. Il paraît même que chaque athlète avait un lit !
Mais entrons dans le vif du sujet : la compétition. Il y a d'abord eu les trop nombreuses décisions arbitrales en faveur de l'équipe malgache. Karaté, boxe : les arbitres semblent avoir intégré l'hospitalité malgache à tel point qu'ils n’ont pas lésiné sur les moyens pour favoriser les représentants du pays d'accueil. Ainsi en boxe, tous ceux qui n'étaient pas Malgaches se seraient fait allègrement voler. La délégation réunionnaise a même failli quitter la compétition. Tout est parti du combat de Lydia Bordier, en demi-finale, rapporte le Journal de l'île de la Réunion. "Johany Maden, désigné pour officier sur la compétition, n'a pas hésité à monter au créneau. "Je ne pouvais pas fermer ma bouche devant une telle injustice", raconte le juge-arbitre. "Le lendemain, j'apprends que Monsieur Arvel a pris la décision sans se réunir avec les autres responsables des autres îles de me retirer de la compétition. Il prétend que c'est lui le Dieu de la boxe. Sans le savoir, il m'a enlevé une épine du pied. Je ne voulais plus faire partie de cette mascarade. On a affaire non pas à un arbitrage maison mais dirigé par le médiocre monsieur Ardel qui propose à ses boxeurs d'échanger leur médaille contre un voyage à Pékin. Il ne grandit pas la boxe en faisant ça (…) C'est trop dur pour nos athlètes, l'esprit de la boxe est bafoué. Il serait grand temps que les chefs de délégations se réunissent car l'éthique et la neutralité sont en train de prendre un sacré coup derrière la casquette".
En karaté aussi, les arbitres ont semble-t-il failli à leur mission. Paroles de sportifs : "Madagascar ne ressortira pas grandi d'une telle chose", (l’arbitre réunionnais Georges Hafizou) ; "Je suis dégoûté. C'est une grande mascarade. Tant qu'on y est, on a qu'à offrir tout de suite l'or aux Malgaches et on fait la compétition avec les autres équipes" (un karatéka).
Dans ce contexte, le pire -un départ de la délégation réunionnaise- a été évité de justesse. Le JIR, encore : "A sa sortie de la commission technique hier matin, Jacky Amanville, choqué par les déclarations du président de la fédération malgache ne savait plus où se mettre. "Je n'ai jamais vu ça, raconte le chef de la délégation réunionnaise, appelé à prendre part aux débats et décisions en compagnie de ses homologues des autres îles et du président et vice-président de la FFA. Le président a commencé par priver les arbitres réunionnais de demi-finale. Il a juste déclaré que tous les arbitres étaient critiqués et que la Réunion, de toute façon, n'avait pas son mot à dire (…)". Autre représentant de la ligue présent, Dominique Goumane s'est lui aussi fait renvoyer dans ses 22 par le "dictateur" de la fédé malgache. "Monsieur Ahamad a rajouté qu'il n'avait toujours pas digéré que Mada ait été volé aux Jeux de 2003 à Maurice et que, cette fois, il veillerait à sa manière évidemment au bon déroulement du tournoi. Il a conclu en disant que le foot ,lors de ces 7es Jeux, était géré par lui, sous la tutelle de FIFA. Tous les autres n'ont pas leur mot à dire"."
Pas étonnant, dans ces conditions dénoncées par l'ensemble des délégations -hormis la malgache- que la Grande île emporte haut la main la compétition, avec 232 médailles, devant La Réunion (225 médailles), Maurice (172 médailles), les Seychelles (99 médailles), les Comores indépendantes (21 médailles) et Maore (4 médailles).
Le football, discipline reine de ces Jeux, n'a pas échappé aux polémiques. Cette fois, ce seraient les équipes "françaises" qui auraient subi une coalition du Sud. Les pauvres qui s'allient contre les riches, reconnaissons-le, relève d'un certain romantisme. Certes. Mais un romantisme au goût amer, en sport… Ainsi les équipes réunionnaise et mahoraises ont eu bien du mal à s'imposer, les premiers matches étant marqués par des erreurs d'arbitrage flagrantes.
A Moroni, une rumeur insistante fait même état d'une tentative d'arrangement entre l'équipe malgache et la sélection comorienne lors du dernier match de poule. A en croire certains journaux de la place et des membres du milieu sportif, les responsables de la sélection malgache auraient approché des joueurs de la formation comorienne pour négocier un match nul 2-2, score qui aurait permis aux deux équipes d'atteindre les ¼ de finale, et d'éliminer le futur vainqueur, la Réunion. Les joueurs contactés auraient alors orienté leurs interlocuteurs vers le coach de l'équipe.
Celui-ci a-t-il cédé à la demande ? L'issue de la rencontre en faveur des Malgaches qui ont éliminé la sélection comorienne par 2 buts à zéro marqués en seconde période après un début de rencontre très serré, est venue conforter les colporteurs de ce qui n'est pour l'instant qu'une rumeur. Quoi qu'il en soit, cette mauvaise publicité a instauré un certain malaise au sein du staff de la fédération de football, qui n'exclue pas une "volonté de nuire". Pour Camara, le sélectionneur, ces accusations ne seraient que pure spéculation. "On peut me reprocher un mauvais coaching en attendant mes explications, mais pas d'avoir vendu le match " se défend t-il. Le coach comorien n'avait selon lui aucun intérêt à tirer d'un tel marchandage, "ni sur le plan de mon éthique, ni pour ma carrière". Professionnel formé au Racing club de Lens, Camara, bénévole au sein de la Fédération, explique la défaite de son équipe par le manque de préparation dû aux conditions d'organisation de ces jeux. "Certains me reprochent d'avoir eu des contacts avec les staff malgache et réunionnais. Dois-je leur répondre que je connais personnellement les entraîneurs des deux équipes, notamment l'entraîneur malgache qui est un ancien du Racing ?” réplique-t-il.
En attendant d'en savoir plus, on ne finira pas sans évoquer nos confrères. Les journalistes n'ont en effet pas échappé à la règle de la mauvaise foi. Et dans ce domaine, il faut reconnaître aux Réunionnais du JIR une longueur d'avance. Voire deux... Durant dix jours, le journal n'a cessé de dénoncer les favoritismes, parfois avérés, souvent imaginaires. La thèse du journal populiste ? On a assisté à du “Tout sauf Maore et La Réunion”. Une idée qui tombe à l'eau quand on sait que, par exemple, l'équipe mahoraise féminine de basket a été soutenue par le public dans sa demi-finale contre les Seychelles… D’autre part, on voit mal comment la Réunion aurait battu en finale du foot l’équipe malgache, chez elle, si les arbitres avaient été tous malhonnêtes. A la lecture du JIR durant la compétition, quelle image garde-t-on de La Réunion ? Qu'il s'agit d'un pays de très mauvais perdants. Navrant !
Dans les autres îles aussi, certaines plumes se sont lâchées. Didier Pragassa dans L'Express de Maurice : "Hier, le football mauricien a pris un sérieux coup derrière la tête. K.-O debout avec la défaite devant Mayotte, un pays qui n'en est pas un et qui, de surcroît, participe pour la première fois en compétition officielle."
La palme revient toutefois à Al-Watwan, qui concluait ceci après les Jeux : "Cinquième au classement général provisoire, les Comores ont livré, dans l'ensemble, une exécrable prestation. Elles peuvent, cependant, se contenter d'être devant l'île de Mayotte si cela peut constituer vraiment une réelle consolation." On en doute...
Rémi Carayol et Kamal’Eddine Saindou
2008-09-08 |