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“C'est un travail." La phrase revient comme un refrain dans la bouche des tireurs de pousse-pousse de Mahajanga. Une évidence qu'il leur paraît bon de répéter pour couper court aux comparaisons désobligeantes : "Auparavant, une personne qui porte une autre personne était considérée comme un esclave", remarque Christophe Andriamarola, président du Syndicat des pousse-pousse de la ville. "En vérité, c'est un boulot pour vivre, c'est tout. Les gens de Mahajanga évoluent, il y en a pas mal qui ont ça en tête maintenant." Voici quelques années que l'affluence des pousse-pousse a changé le visage de la principale ville portuaire du nord-ouest malgache, d'où s'enfuit au XIXème siècle le roi sakalave Andriantsoli, qui vendra Maore à la France, et où s'est établie une forte communauté comorienne.
Sur l'asphalte lisse, les cahots des chemins ou la poussière des ruelles, impossible de manquer ces hommes qui conduisent au petit trot, tirant par ses brancards leur carriole à deux roues où se prélassent un, deux, et parfois trois citadins. Les pousse-pousse transportent tout et tout le monde : des marchandises, les "starlettes" qui pianotent sur leur téléphone portable, les mamans avec leur bébé, les employés de bureau… Tous ceux qui peuvent payer la modeste somme de 200 ariary (0,08 euro, 40 fc) pour économiser leurs jambes et gagner du temps, mais n'ont pas les moyens de prendre le taxi, qui coûte environ dix fois plus cher. Alors que l'inflation a réduit le pouvoir d'achat des Malgaches et que les rares taxis individuels restent vides, les pousse-pousse assurent avec les bus collectifs l'essentiel du trafic urbain. "Ils charrient du riz, du ciment… S'ils n'étaient pas là, les gens de Mahajanga n'arriveraient pas à vivre", assure Jean-Louis Rabe, propriétaire de plusieurs pousse-pousse et membre du bureau du syndicat.
Les "tireurs", comme les appelle la municipalité, n'ont pas toujours été aussi nombreux. Les premiers d'entre eux ont débuté dans les années 1960 à l'initiative des Indiens, qui avaient importé d'Asie ce mode de transport. "Leurs pousse étaient plus grands et n'avaient pas de chambre à air, comme des charrettes", précise Christophe Andriamarola. Ils ont d'abord été testés à Antsirabe, au sud d'Antananarivo, puis se sont répandus à Toliara, au sud-ouest de l'île, et Toamasina, sur la côte est. Mahajanga a été la quatrième ville à les utiliser. "Dans les années 1970, ils étaient une vingtaine", affirme-t-on à la mairie.
Quinze ans plus tard, ils étaient des dizaines à se passer le mot : tirer les pousse-pousse à Mahajanga était devenu un débouché commode pour les fils de paysans qui souhaitaient tenter l'aventure à la ville, et se rassemblaient entre jeunes célibataires. "Vers 86-87, ils avaient loué une grande maison où ils logeaient tous ensemble", rapporte Christophe Andriamarola. Le rythme des migrations s'est cependant précipité récemment, à la suite de la fermeture des plantations et des grandes usines sucrières 1. "C'est à partir de 2005 que le nombre de pousse-pousse a augmenté", note Rakotozara Daniel, responsable financier aux services municipaux. "Des gens de brousse montent en ville pour éviter le chômage. Il y a même des gens de Tana qui viennent ici." Avec son port, ses entreprises et ses vacanciers, Mahajanga, ville balnéaire et relativement prospère, draine en effet des hommes venus de tout le pays en quête d'un emploi.
(la suite dans Kashkazi n°66)
2008-09-08 |