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Il y a deux ans, personne n'aurait parié sur une victoire d'Ahmed Abdallah Mohamed Sambi à la présidence comorienne. L'infatigable prédicateur qui avait conquis l'espace religieux de l'archipel et qui s'est affirmé en un temps record comme un entrepreneur dynamique et inventif dans son île, était seul à croire en sa bonne étoile face à des appareils politiques rôdés au jeu électoral et qui avaient aligné leurs meilleurs éléments pour garder le contrôle du pouvoir et de l'Etat. Normal donc, que l'élection au plus haut niveau de l'Etat d'un néophyte, sans aucune expérience de la gestion de la chose publique et dont le parcours politique se résumait à un éphémère mandat de député de sa circonscription sous l'étiquette du Front national pour la Justice (FNJ -parti islamiste), surprenne et inquiète à la fois les observateurs de la politique comorienne qui n'avaient pas prévu ce cas de figure dans leurs scénarios.
Si les partenaires des Comores tout comme les forces politiques intérieures se sont néanmoins donné un temps d'observation avant de juger le nouveau chef d'Etat, on reproche à Sambi de n'avoir pas mis à profit cette période de grâce pour connaître les rouages de la politique locale et internationale, afin d'asseoir les conditions de mise en œuvre de sa politique. "Sambi a surpris. Mais celui qu'on prenait pour un inconnu, n'est pas si inconnu que cela puisqu'il est bien connu dans le monde du mal", confie un diplomate comorien familier des coulisses des chancelleries occidentales. Le problème Sambi tiendrait donc en premier lieu à lui-même. "Un homme mystique qui n'a rien fait pour défendre une autre image que celle que présente sa face orientale", lance le diplomate. Bien au contraire. En privilégiant lors de ses premiers voyages officiels les pays du Moyen-Orient, Sambi aurait commis l'imprudence d'accentuer l'a priori "d'orientaliste et d'islamique" qui lui colle à la peau, lui reproche t-on dans les milieux politiques locaux. Ce bien qu'il ait essayé de relativiser ces liens idéologiques dès que la presse l'a interrogé à ce sujet, nuance notre interlocuteur.
Tout n'est pas noir pour autant. On doit au nouveau régime, le renforcement des relations avec les Etats-Unis, dont une des sociétés a obtenu le marché de prospection du pétrole offshore aux Comores, et avec l'Afrique du Sud, qui a fait passer sa représentation diplomatique du rang de consulat à celui d'une ambassade.
Mais cela ne relève pas d'une politique cohérente quand on sait que dans le même temps, le nouveau régime a fait le choix d'axer le développement économique du pays quasi exclusivement sur les investissements du monde arabe. La vente du Galawa Beach, le plus grand hôtel du pays construit par l'Afrique du Sud au temps de l'apartheid, à la multinationale Dubaï-World Comores, est un récent exemple qui vient couronner la mainmise des pays du Golfe sur le marché touristique comorien, après le lancement, par un groupe d'investisseurs réunis au sein de la société Comores-Golf, de la construction du village touristique du nord de Ngazidja et de l'installation d'une banque commerciale. Un projet de 150 millions de dollars initié certes par le président Taki, et qui n'avait pas abouti sous le régime du président Azali. Si l'on ajoute à cela la gestion du port qui a été retirée à la société française Comaco pour son concurrent arabe Al-Marwane, Moroni donne le sentiment à Paris que "les intérêts français ne sont pas préservés aux Comores", comme s'en est plainte l'ancienne ministre française de la Coopération, Brigitte Girardin, lors de sa visite dans l'archipel en novembre 2006. Ce flux de capitaux arabes vient ainsi confirmer "les inquiétudes exprimées dans les chancelleries occidentales sur les risques d'un bouleversement des stratégies de coopération entre l'archipel de l'océan Indien et ses partenaires traditionnels" après l'élection de Sambi, comme nous l'écrivions en février dernier 1.
(la suite dans Kashkazi n°67)
2008-09-08 |