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Il y a trois ans, elles nous avaient confié leurs joies et leurs peines de femmes de polygame 1. Elles avaient admis que "la polygamie, c'est trop dur en sentiments" mais que "l'interdire, ça ne change rien". Cette fois, quand nous avons téléphoné à Sophiata Souffou, leader, du haut de sa caisse enregistreuse, de ces mères de famille de Chirongui, elle a lâché d'un ton satisfait : "Ah, ça va être intéressant, car le mari de l'une d'entre nous n'est plus polygame maintenant." L'heureuse femme comblée s'appelle Zena Moussa. En 2004, elle prenait l'air détaché pour expliquer que "j'aime la polygamie parce que si on reste tout le temps ensemble, c'est la guerre". A présent, resplendissante dans son saluva doré, elle prend plaisir à décrire son bonheur conjugal. Son époux était déjà marié quand ils ont convolé, en 1985. Ils ont aujourd'hui cinq enfants. Depuis qu'il s'est séparé de sa première femme, il passe tout son temps chez Zena. "On est seuls, il est tranquille à la maison, il discute bien et il rit avec moi", se félicite-t-elle. "Avant, il venait seulement le vendredi, le samedi et le dimanche. J'étais vraiment triste mais je ne savais pas quoi faire. Si je lui en parlais il me répondait : 'Je travaille là-bas, je vais pas venir ici tous les jours !'" Le changement dans sa vie conjugale ne concerne pas seulement le nombre de jours partagés. La nature même des relations entre Zena et son mari a été bouleversée. "On mange ensemble" lance-t-elle, et cela veut tout dire à ses yeux. "Je suis vraiment tranquille dans mon cœur, très contente."
Fonte Hassanati n'a, elle, pas cessé de partager son homme. Débutée en 1987, la vie conjugale de cette institutrice, mère de sept enfants, a tourné au vinaigre quand son époux s'est remarié, en 1992. "Je n'ai pas réagi puisque je savais depuis longtemps qu'il allait se marier dans son propre village. Je ne pouvais pas intervenir", explique-t-elle. Désespérée, Fonte tombe malade. De l'avis de ses amies, "elle devenait folle". Le médecin ne parvient à expliquer ses "crises d'angoisse" que par des "soucis personnels". "J'étais malade à force de vouloir lutter contre mon mari", se souvient-elle. "On prépare à manger, on laisse la nourriture sur la table pour lui, on sait bien que c'est notre tour et on ne le voit pas : ça disjoncte. Je me disais tout le temps : 'Je vais vivre comme ça jusqu'à quand ?' Quand je criais, il me disais : 'Je sais que tu as raison.' Mais rien ne changeait." L'enseignante finit par écouter les conseils de sa mère, elle-même épouse d'un polygame. "Elle m'a dit : 'Il ne faut pas préparer le repas, tu laisses comme ça, et tu prépares s'il arrive. J'ai laissé. Maintenant quand il est à Mamoudzou, il me téléphone avant de venir. S'il vient, il est mon mari. S'il ne vient pas, je ne me pose pas beaucoup de questions. Je ne souffre plus. Et depuis qu'il voit que ça m'est égal, il respecte mieux les jours."
(la suite dans Kashkazi n°67)
2008-09-08 |