|
Warning: getimagesize() [function.getimagesize]: Unable to access hyest_jean_jacques95039l.jpg in /home/local/apache/htdocs/sites/m/malango-mayotte.com/kashkazi/article.php on line 30
Warning: getimagesize(hyest_jean_jacques95039l.jpg) [function.getimagesize]: failed to open stream: No such file or directory in /home/local/apache/htdocs/sites/m/malango-mayotte.com/kashkazi/article.php on line 30
|
|
|
"Wanamshe rubua silisi." "Femme, brise tes chaînes", dit une vieille chanson comorienne 1. Et si ces chaînes étaient trop confortables aux yeux des Comoriennes pour qu'elles décident de s'en débarrasser définitivement ? Alors que sur toute la planète les hommes démontrent une légère tendance à ricaner -ou à se fâcher tout rouge- en entendant l'autre moitié de l'humanité crier à l'inégalité, les Comoriens se distinguent particulièrement dans cet exercice. Comment ? Eux qui risquent au moindre faux pas d'être éjectés du domicile conjugal où ils sont tout justes tolérés, matrilocalité oblige, eux qui vouent un respect sans borne à leur mère, construisent pour leur sœur et veillent sur leurs nièces, devraient en plus embrasser la cause de l'émancipation féminine ? Saïd Ahmed Saïd Yassine, un jeune habitant d'Iconi, vieille cité du sud de Moroni, fait partie de ces réfractaires à la "problématique de genre" -c'est ainsi que l'on désigne désormais, aux Nations Unies et donc au gouvernement comorien, tout ce qui touche à l'équité entre hommes et femmes. "Ecoeuré", il dit s'inscrire en faux "contre l'idée répandue de la soumission de la femme à l'homme" et réprouve "les gens qui disent que les anciens couples étaient fondés sur la soumission. Je pense que c'est plutôt le respect qui explique leur longévité".
Les nostalgiques du bon vieux temps comme Saïd Ahmed Saïd Yassine ne manquent pas. Les hommes ont beau jeu de s'appuyer sur la tradition religieuse et les protections garanties aux femmes par le système social comorien, pour défendre une suprématie masculine que rien à leurs yeux ne pourra jamais remettre en cause. "Une femme a toujours besoin d'un homme pour la guider, qu'elle soit intellectuelle, docteur ou avocate", résume ainsi Ben Kassim, secrétaire du cadi de Mtsapéré, à Maore.
Aux Comores indépendantes, le nouveau Code de la famille est présenté comme une avancée sociale et son application est, malgré certaines réserves, défendue par les militantes de la cause féminine. Celles-ci se réjouissent notamment que la loi impose désormais aux pères d'apporter leur soutien matériel à l'éducation des enfants, même s'ils sont séparés de la mère. Largement basé sur la tradition religieuse, ce texte n'en renforce pas moins la domination masculine : les femmes y restent des êtres à protéger ayant certes des droits, mais ne pouvant en aucun cas prétendre à l'égalité avec leur époux dans le cadre du mariage 2. "La société est montée de façon à protéger les femmes, mais il ne faut pas que ça devienne un étouffement", nous disait l'année dernière Siti Batoul Oussein, qui était alors assistante représentante au Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) 3. "En général, les Comoriens et Comoriennes pensent que la situation des femmes n'est pas déplorable. Elles ont accès à l'éducation, possèdent leur maison… on nous dit qu'on exagère quand on parle de problèmes. Dans le contexte légal et politique il n'y a pas de différence. Il faut aller en profondeur pour voir ces différences."
Plus virulente, Faouzia Kordjee, présidente de l'Association pour la condition féminine à Maore, s'énerve contre le diktat du mariage et l'utilisation de l'islam à des fin "machistes". "Avoir un mari, ce n'est pas une obligation. Mieux vaut être seule que mal accompagnée. On a bien instauré l'égalité des sexes : qu'est-ce qui empêche les femmes de travailler ? J'ai horreur que les hommes parlent de religion seulement quand ça les arrange. Quand ça les arrange, ils sont musulmans mais quand ça les dérange, ils s'empiffrent d'alcool toute la journée !" se moque la femme forte de Mtsapéré, par ailleurs toujours prête à pourfendre l'acculturation.
Mais pour une Faouzia Kordjee, combien de Comoriennes s'accommodent voire perpétuent un système qui, à certains égards, ne leur est pas si défavorable ? De l'aveu même des femmes, leur pouvoir réel sur le fonctionnement interne de la société et la marche des familles est tel que, si elles l'avaient voulu, elles ne seraient plus dominées depuis longtemps. A croire que leur maîtrise exclusive des choses du foyer et la "protection" dont elles sont censées bénéficier en échange ont pour elles quelque chose de rassurant…
(la suite dans Kashkazi n°67)
2008-09-08 |