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Cette forme de communication, les adolescents mahorais l'ont tout de suite adoptée. C'est qu'elle répond à deux besoins essentiels. Tout d'abord, elle permet aux filles de s'affranchir de la tutelle parentale. "C'est un moyen pour nous d'échapper au contrôle des parents", avoue Anziza. "Je peux communiquer par texto sans aucune crainte : même si ma mère tombe dessus elle ne comprendra rien". "Les garçons ont leur banga pour se libérer des parents. Nous les filles, on doit rester chez nous. C'est une manière de nous en échapper sans crainte", confirme Djamila, 18 ans. Ainsi le portable et son langage codé incompréhensible des parents sont devenus le premier outil de drague. "Quand tu emballes une fille en direct [de vis-à-vis], c'est bien, mais elles sont de moins en moins faciles. Elles ont tendance à te repousser, elles se la jouent 'femme fatale'. Tandis qu'avec le texto, tu as le temps de la séduire, de la faire rire", note Abdou, lycéen de 18 ans. A en croire les jeunes que nous avons rencontré, la grande majorité des SMS qu'ils envoient ou reçoivent est liée aux relations amoureuses, en amont (au moment de la drague), sur le moment (quand il s'agit de dire à son amoureux(se) à quel point on l'aime) et même en aval : "Quand j'ai largué mon dernier mec, je lui ai dit que je voulais plus qu'on se voie sinon ça serait compliqué. Mais on a gardé le contact grâce aux SMS", rapporte Zaïna.
Dans son étude menée dans le cadre d'une thèse sur ce thème précis 6, Josy Cassagnaud relève cette caractéristique : "Nous avons vu que les filles n'avouent jamais qu'elles vont dans les mabanga et que si elles le font c'est à l'insu de leurs parents. Pour Kassouba, le mobile facilite les relations entre les adolescents et les jeunes filles." Citée dans cette étude, Niva dit : "C'est bien pour les rendez-vous avec les garçons ! Parce qu'avant il fallait dire à quelqu'un d'aller le voir pour lui donner le message." Kassouba confirme : "Comme on est à Mayotte les filles ne sortent pas si souvent donc dès que elle sort tu la rencontres la première fois elle te file son numéro et puis tout de suite y'a le contact qui se met en place et c'est plus facile quoi." Saïd, lui, est allé jusqu'à revendre son mobile qu'il avait acheté pour communiquer avec un fille : "Elle n'est plus avec moi alors je l'ai revendu."
Ce rôle du portable n'est pas propre à Maore. Selon un rapport de l'Observatoire sociétal du téléphone mobile publié en octobre 2006 (cité par J.Cassagnaud), "le mobile est au cœur des relations amoureuses des jeunes, téléphone rouge reliant les réseaux de cœur, faisant, défaisant les couples, accélérant la drague à la vitesse d'un SMS". Il joue ainsi le rôle de feu le journal intime, dans lequel les jeunes "renferment leurs secrets (textes, photos, vidéos), inaccessibles aux parents". Cependant, les interdits faits à la jeune fille qui caractérisent la société comorienne ont donné au GSM une importance primordiale. "Aujourd'hui, je ne vois pas comment je ferais sans portable", dit Anziza. "Le soir, quand je m'ennuie chez moi, heureusement que je peux envoyer des textos." Outil de libération de l'adolescente, "le téléphone portable offre avant tout une nouvelle intimité", analyse Josy Cassagnaud, qui consacre un chapitre entier à la relation jeune fille / portable. "L'enjeu principal des jeunes est la conquête de l'autonomie par rapport aux parents. Les jeunes développent des stratégies en réponse aux intrusions parentales." Plus que tout autre moyen de communication, le SMS répond à cet impératif.
(la suite dans Kashkazi n°67)
2008-09-08 |