|
Warning: getimagesize() [function.getimagesize]: Unable to access hyest_jean_jacques95039l.jpg in /home/local/apache/htdocs/sites/m/malango-mayotte.com/kashkazi/article.php on line 30
Warning: getimagesize(hyest_jean_jacques95039l.jpg) [function.getimagesize]: failed to open stream: No such file or directory in /home/local/apache/htdocs/sites/m/malango-mayotte.com/kashkazi/article.php on line 30
|
|
|
La biographie de Ian Douglas Smith n'est pas sans intérêt. Parce qu'il fait partie de ces spécimens qui, au fil des ans, disparaissent, son parcours est une trace dans l'Histoire d'un XXème siècle qui aura érigé le racisme en doctrine de gouvernement. Il est né en 1919 à Selukwe, un village minier de la Rhodésie du Sud, colonie britannique quasiment privatisée par Cecil Rhodes, le père idéologique de ces dinosaures-là. C'était un homme d'un autre temps, écrit Patrice Claude. "Au mieux, paternaliste" dans ses relations avec les Noirs, au pire "profondément raciste", disaient ses opposants. Il était convaincu de "la supériorité de la civilisation chrétienne" sur les autres et ne comprit jamais pourquoi la Grande-Bretagne l'avait "trahi" en l'obligeant à céder la place à la fin des années 70. Sous son règne, 95% du corps électoral était issu de la minorité blanche (8% de la population) alors que le pays comptait 90% de citoyens noirs (5% d'entre eux avaient le droit de vote). "Pour sauver cette Rhodésie qu'il adorait, ce "parfait rebelle", comme le baptisa The Times, se montra prêt à tout. Son principal coup d'éclat date de 1965. Ce jour-là, "à la onzième heure du onzième jour du onzième mois" de l'année, Ian Smith, sentant le vent de la suprématie blanche sur l'Afrique tourner "dans la mauvaise direction", rompt avec Londres et prononce sa fameuse "déclaration unilatérale d'indépendance". Suivront quinze années de guerre, de sanctions internationales allégrement détournées par toutes les entreprises, occidentales mais aussi africaines, qui trouvaient intérêt à commercer malgré tout avec le "bastion blanc". Longtemps, sous son règne, la Rhodésie résiste avec succès. Son économie est prospère, son armée bien équipée. Et puis, inéluctablement, à partir de 1976, année où le Portugal accorde son indépendance au Mozambique voisin, tout s'enraye, les investisseurs s'en vont et des milliers de fermiers blancs déménagent dans l'Afrique du Sud voisine. En 1980, c'est la fin. 1" Vaincu par la rébellion d'un autre illuminé -Robert Mugabe-, héros devenu infréquentable, il ne quittera cependant "son" pays qu'en 2004, "veuf, malade, rongé par l'amertume 1". Contre vents et marées, pire ! contre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, il avait résisté à la vague de libération du peuple noir, en cadenassant son pays. "C'était un raciste impénitent et il ne sera pas regretté", a déclaré le vice ministre zimbabwéen de l'Information, Bright Matonga.
Une page se tourne, entend-on ici et là. Ce genre d'illuminés disparaissent, comme avant eux, les racistes du Ku Klux Klan aux Etats-Unis, les nostalgiques du national-socialisme en Europe, les mercenaires hérités de la coloniale en Afrique. Mais leurs idées, elles… Que deviennent-elles, une fois qu'elles ont été soigneusement véhiculées ? Elles continuent leur route, bien sûr ! Voilà belle lurette même qu'elles ont pris leur indépendance. Sankara -dont on a célébré le vingtième anniversaire de la mort en octobre- répétait souvent que les hommes meurent, les idées restent. C'est vrai, et pas seulement les bonnes. Prenez les mercenaires... Mayotte Hebdo affirmait il y a quelques semaines qu'avec la mort de Denard, c'est une page qui s'est tournée. "Le dernier mercenaire", titrait le journal, alors même qu'ils sont des milliers, Américains, Anglais, Sud-africains, Chiliens, Français…, à parcourir les champs de batailles du Moyen-Orient et de l'Afrique. Le dernier des mercenaires de la France alors ? Ben voyons… Certains de ses anciens camarades n'ont pas attendu la mort de "Bob" pour prendre la tangente. Certains n'étaient pas très loin il y a cinq ans, dans la bataille de rue qui a opposé Ravalomanana à Ratsiraka. D'autres ont choisi de se réfugier dans ce qui reste le meilleur endroit pour un mercenaire : l'Afrique centrale, notamment celle du Congo ex-Zaïre.
Prenez les nazis aussi. Et lisez cet article de Die Welt, un journal allemand, qui date de septembre 2007, oui… 2007. "A l'automne dernier, lors des élections régionales, le NPD [Parti national-démocrate d'Allemagne, néonazi] a obtenu 9,3 % des suffrages dans le district de Demmin. Ici, la xénophobie a quitté les marges pour entrer dans les structures normales de la société. "Il est certain que l'extrême droite attire de plus en plus de monde", reconnaît Lorenz Caffier (CDU), ministre de l'Intérieur du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Selon l'Organe de protection de la Constitution, en 2006, le nombre de délits à caractère politique a augmenté de près d'un tiers dans ce Land oriental. Au mois de mars, Caffier a publié un décret visant à bloquer l'accès des militants extrémistes aux plus hautes fonctions de l'administration. A l'avenir, les candidats aux élections municipales devront s'engager à respecter la démocratie et l'Etat de droit pour pouvoir se présenter. Selon Caffier, les militants du NPD se sont mis à recruter des sympathisants essentiellement par le biais d'associations "citoyennes", de manifestations culturelles "germaniques" et d'activités sportives. Dans certaines circonscriptions, l'extrême droite a obtenu ici 15% des voix ; elle a même dépassé les 30% dans certaines communes. Au cours des quatre dernières années, dans cette région qui longe la mer Baltique, le NPD est sorti d'un quasi-néant pour s'imposer dans la sphère politique." Poursuivez votre lecture. Quelques lignes encore. Les plus charmantes. "A environ 70 kilomètres au nord de Demmin, au cœur de l'ancien quartier alternatif de Rostock, on peut lire, en grosses lettres rouges sur les stores encore baissés d'un magasin : ‘Plus belle la vie sans les nazis !’ Pourtant, que cela plaise ou non aux riverains, cette boutique de souvenirs lève son volet tous les jours, à midi, dévoilant en vitrine un écriteau portant ces mots : ‘Nazis à la conquête des Parlements !’"
Et puis prenez le Ku Klux Klan. Qui savait qu'il vit encore ? Pis, qui se doutait que ses militants recommencent à recruter ? Aux Noirs sont venus se greffer les immigrés comme source de tous les maux du pays de l'Oncle Sam. Selon un quotidien de Boston, le mouvement raciste, qui affichait à son apogée, dans les années 1920, plus de 4 millions d'adeptes, compterait aujourd'hui de 5.000 à 8.000 membres (contre 2.000 dans les années 1970). "Si certains membres du Ku Klux Klan arborent encore de longues tuniques et des cagoules lors de leurs manifestations, les plus jeunes sympathisants ressemblent davantage à des skinheads ou à des néonazis", indique le journal (lire p.32).
Enfin, prenez ce cher James Watson, dont vous avez certainement entendu parler. Vous savez ? cet ancien Prix Nobel de la Paix. Ce formidable généticien qui, à quelques encablure de la mort qui le rapprochera de Ian Smith et de Bob Denard, a déclaré dans une interview accordé au Sunday Times : "Les politiques d'aide à l'Afrique noire ne peuvent pas fonctionner car elles reposent sur l'idée que les Noirs sont aussi intelligents que nous ; or toutes les données prouvent le contraire". Voilà, c'est dit. Pour rappel, Watson, 79 ans, est à la tête d'un grand institut de recherche aux Etats-Unis. Jusqu'à présent, il était connu dans le milieu scientifique pour ses positions sexistes et quelques idées scientifiques positivistes du genre : "La 'bêtise' pourra sous peu être guérie" ou, "Dans les dix ans à venir, on trouvera les gènes responsables de la différence d'intelligence entre les êtres humains", ou encore, "Grâce à la génétique, on pourra bientôt rendre toutes les femmes jolies, ce qui sera vraiment super". Certes, le vieux s'est timidement excusé. "Je suis profondément mortifié par ce qui s'est passé. Je ne peux pas comprendre comment j'ai pu dire ce sur quoi on me cite." Mais le mal est fait. Le message est passé. Celui d’un Prix Nobel tout de même !
En affirmant qu’elle disparaîtrait un jour, Watson avait-il une idée quant aux moyens d’anéantir la bêtise? Parce que les vieux dégueulasses, racistes et xénophobes, ont beau mourir comme tout le monde, leur venin idéologique, lui, persiste. Quelle que soit l'époque…
Vincent Misson
1 Le Monde, 22/10/2007
2008-09-08 |