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Un jour de pluie battante à Moroni. El-Maarouf, le "centre hospitalier de référence" des Comores, laisse suinter par tous les pores de ses murs souillés ses mauvaises humeurs, ses impuissances, la détresse solitaire des uns et les espoirs de guérison des autres. Sous les néons faiblards ou la pénombre de couloirs sans électricité, aucun signe de fébrilité du personnel en blouses blanches. A vrai dire, les "garde-malade" comme on les appelle -parents, enfants, frères et sœurs de patients- semblent occuper le terrain plus activement que tous les docteurs, infirmiers, aides-soignants et stagiaires bénévoles. Combien sont-ils face aux 557 employés de l'hôpital ? Qu'importe. Tandis que la désorganisation, les retards de salaire et le manque de considération minent le travail et l'éthique des professionnels de santé, eux sont concentrés sur leur objectif. Ils n'ont pas le choix : de leur détermination dépend la survie de "leur" malade.
Le "centre hospitalier de référence" est devenu le refuge ingrat des pauvres, l'hôpital des "petits" où sont traités ceux qui ont la chance de pouvoir payer leurs soins, mais pas celle d'aller guérir ailleurs. Les familles de la petite bourgeoisie ont l'air d'avoir atterri là par accident. "Je viens ici car je n'ai pas le choix. Un médecin privé m'a indiqué ce spécialiste", explique une employée de la Meck, un organisme de micro-crédit. Claude, un jeune homme de la diaspora, accompagne sa sœur hospitalisée depuis une semaine. "Je n'attends que son passeport pour la faire partir à l'étranger."
Pour les autres, une seule alternative : se battre et veiller sans répit sur leur malade, opposer leur ténacité au laxisme et à la démotivation générale. "Qui entre à El-Maarouf doit laisser sa dignité dehors", titrait l’hebdomadaire Al-watwan le 25 janvier. Contre la perte totale de dignité des malades, la vigilance de leurs proches constitue l'unique rempart. Un patient meurt parfois à cause de l'absence d'un médecin ou d'un infirmier. Mais "quelqu'un qui n'a pas de famille ici n'a plus qu'à crever", lâche Joka, un cultivateur en charge d’assister son frère. Ils le savent bien, tous ces agriculteurs, maçons et autres pêcheurs, venus de leur village pour camper dans les couloirs pendant des jours, voire des semaines entières…
2008-09-08 |