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“Depuis une semaine, c'est le calme plat. On a l'impression que le village dort. Les commerçants ne vendent plus rien. Les maisons en construction n'avancent pas. La journée, il n'y a personne dans les rues car tous les Mahorais travaillent à Mamoudzou. Le soir non plus, il n'y a personne. On reste chez soi. Ceux qui mettaient l'ambiance ne sont plus là." Sous la chaleur torride de la saison des pluies naissante, Adamou Mohamadi, secrétaire général de la commune de Ouangani, en plein coeur de Maore, cache difficilement sa perplexité. Nous sommes le 27 décembre. Ce jour-là, comme souvent dans l'archipel, la torpeur a succédé à la colère. En un rien de temps. Mais la colère n'est jamais bien loin. Il suffirait d'une étincelle… "Certains villageois sont très énervés. Nous tentons d'organiser des réunions pour les calmer, pour discuter, pour rappeler aussi que ce n'est pas à nous de rendre notre propre justice et que la gendarmerie est là pour ça", assure Adamou, un rien déboussolé dans son bureau spartiate d'une mairie très provisoire. Il y a une semaine, Ibrahim est mort. C'était le 21 décembre. Il avait 13 ans. Depuis, le village d'origine malgache -l'un des trois, avec Poroani et M'tsapere-Mbalamanga, à employer le kiantalaotse- apprend à vivre sans lui. Sans les Anjouanais aussi, qui ont fui les représailles…
C'est une rixe a priori anodine qui a mis le feu aux poudres, vendredi 21 décembre. On est en pleines vacances scolaires. Après une partie de football, une altercation éclate entre les jeunes joueurs au bord de la rivière qui traverse le village. Une histoire de ballon, dit-on. Si les circonstances exactes de ce qu'Adamou Mohamadi qualifie d'"accident" divergent selon les versions, il semble qu'Ibrahim ne faisait pas partie des belligérants. Prévenu de la bagarre par un de ses neveux alors qu'il revenait des champs, il se serait rendu sur place, aurait coupé une branche avec son chombo (coupe-coupe), et se serait mis à fouetter un jeune d'origine anjouanaise qui, selon Jo, le plus ancien des policiers municipaux, "mettait la tête sous l'eau de ses camarades". Ce dernier, âgé de 14 ans, aurait alors attrapé le chombo avant de le planter dans la poitrine d'Ibrahim. Un coup, un seul, "mortel", affirme le lieutenant-colonel Patrice Martinez, responsable de l'enquête.
2008-09-08 |