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Lundi 8 Septembre 2008

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Sommaire du N° 69

Instantané Ouangani (extrait)
Gros plan (extrait)
Les petits à l'épreuve du droit commun
A Ndzuani, en attendant le débarquement
Instantané El Maarouf
Rue des incongrus
Quand les puissances mondiales s'intéressent aux Comores
Au-delà de l'aspect affectif, l'islam comorien représente un argument commercial de poids : "Les Comores sont l'un des rares pays musulmans où le climat...
Gay attitude - Cette sexualité dont personne ne parle
Sur le plan de la tradition, il semble qu'il n'y ait jamais eu de véritable répression contre les homosexuels dans l'Archipel. Rares sont ceux qui se souviennent...

Documents

la circulaire Sarkozy règlementant les conditions d'interpellation et de garde à vue des étrangers en situation irrégulière en France.
Discours de N. Sarkozy à Dakar

Droit du sol à Maore

"Immigration clandestine : une réalité inacceptable, une réponse ferme, juste et humaine". Rapport sénatorial

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L'actualité aux Comores au quotidien

Mayotte : des parents d'élèves non scolarisés mécontents
Les manifestants se sont réunis dans la matinée afin de dénoncer la non-scolarisation de leur(s) enfant(s). Selon l'association Oudaïlia Haqui Za M'mahore,

03/09/2008

Mayotte : un crash aérien pour du beurre
La préfecture de Mayotte avait annoncé la semaine dernière un exercice de simulation de crash aérien pour cette semaine, sans préciser la date de l'opération.

03/09/2008

Anjouan : des résultats du Bac catastrophiques
265 autres candidats sont appelés à repasser les épreuves de deuxième groupe, soit un pourcentage de 8,68%. En série A1, sur les 178 inscrits, 2 seulement

03/09/2008

La question de Mayotte au menu de l'ONU
Comme chaque année à l'approche de l'Assemblée générale de l'ONU fin septembre, les partisans du retour de Mayotte dans l'ensemble politique comorien scrutent

03/09/2008

Comores : les entreprises auraient perdu 60 millions à cause des pénuries
"Les pertes subies se chiffrent entre 20 et 30 milliards de francs comoriens (entre 40,6 et 60,9 millions d'euros)" depuis le mois de juin, a déclaré à

01/09/2008

Mayotte : une mission sénatoriale en vue de la départementalisation
Du 1er au 6 septembre, les membres de cette mission dirigée par le président (UMP) de la Commission des lois du Sénat, Jean-Jacques Hyest, doivent rencontrer

01/09/2008


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Ndzouani - Anjouan Défense - Conflits
A ndzuani, en attendant le débarquement


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Depuis quelques jours, Ndzuani revit péniblement. Dimanche 3 février, une cargaison de gazole est arrivée. "Cela faisait plusieurs jours qu'on n'avait quasiment plus d'électricité. Il n'y avait quasiment plus de taxi non plus", dit un étudiant. Mardi 5 février, les taxis avaient repris leur cirque -moins nombreux qu'à l'accoutumée cependant, et les coupures d'électricité étaient rares, mais il n'y avait toujours pas d'essence ni de pétrole lampant. Dans les foyers, on cuisine au feu de bois ; dans les rues, on marche. Cela faisait longtemps que Mutsamudu n'avait paru aussi calme que ces derniers jours. Il y a bien quelques commerçants qui proposent du pétrole et de l'essence achetés à Mwali ou à Ngazidja, mais les prix en rebutent plus d'un : le litre du pétrole est à 1.000 francs comoriens, contre 250 en temps "normal" ; l'essence peut monter jusqu'à 1.500 fc… Conséquence : le prix du poisson (les pêcheurs utilisent du pétrole lampant pour leurs vedettes) a plus que doublé, passant de 500 ou 600 fc à 1.250 voire 1.500 fc. "On n'avait jamais vu ça à Anjouan", dit un habitant de Mirontsy. Même la viande congelée a légèrement augmenté. Seul le riz est stable. "Pour ça, il n'y a rien à redire", affirme un Mutsamudien. "Si sur certains produits les commerçants en profitent, sur le riz, on n'est pas lésés." Eternel optimiste, Abdou Madi, porte-parole du gouvernement, promet dans les jours qui viennent l'arrivage d'une cargaison d'essence et de pétrole.

    Pas de quoi raviver la flamme cependant, et ce, même si un porte-conteneurs a accosté mardi au port de Mutsamudu. C'est que la crise économique se fait de plus en plus violente. Les fonctionnaires n'ont pas été payés depuis le mois de juillet. Les commerçants vendent peu. "C'est la récession comme on n'en avait pas connu depuis longtemps", affirme l'un d'eux. Surtout, la chape de plomb imposée par le régime Bacar est oppressante. Il est quasi impossible de discuter sereinement avec des gens dans la rue. On nous invite à se retrouver plus tard, dans un bureau, une maison… "Mais pas ici." Et la nuit si possible… Quoi qu'en disent ses dignitaires, le régime Bacar fait peur et s'est attiré la haine d'une grande partie de la population. "Je ne connais pas une personne qui ne soit en faveur du débarquement - à part les quelques Bacaristes, et ils ne sont pas nombreux", dit un étudiant. "Les gens sont prêts à payer le prix d'un conflit sanglant. Ils sont prêts à prendre le risque de se faire tuer, pour voir Bacar disparaître", regrette un médecin, qui préfèrerait une issue diplomatique. Pour lui comme pour d'autres intellectuels -Caambi el-Yachourtui, membre du gouvernement Bacar en fait partie-, "c'est encore une fois le peuple qui va en payer le prix fort"…

    Avec impatience pour les nombreux "sans-grade", dans la crainte d'un bain de sang chez certains responsables administratifs, "sereinement" parmi les dirigeants, Ndzuani est une île qui se prépare à la guerre. Il suffit de se brancher sur la Radio Télévision d'Anjouan (RTA), l'organe de propagande du régime Bacar, pour s'en persuader. Entre chaque programme, des slogans sont censés développer, chez le téléspectateur, des sentiments divers. Anti-guerre : "Allumer un brasier à Anjouan / Générera un pogrom / Généralisé aux Comores." Anti-Sambi : "Le volcan Comores sera en éruption / S'ensuivra alors un séisme institutionnel / C'est la loi de la nature." Séparatistes : "Anjouan sait ce qu'elle veut / Anjouan aura ce qu'elle veut / Et le pardon ne signifie pas l'oubli." Ou simplement belliqueux : "Plus de 600 morts au Kenya (…) / Ne pensez pas que ça n'arrive qu'aux autres ." Ou : "Un tigre ne prononce pas sa tigrité ; il bondit sur sa proie sous réserve qu'elle n'est pas un rhinocéros." Le tigre ici, c'est Sambi…

    Si la population s'amuse de ces écrits propagandistes, elle rigole moins quand il s'agit d'évoquer la forte présence policière. Tous les soirs, des descentes des Forces de la gendarmerie anjouanaise (FGA) sont organisées dans divers coins de l'île. Lundi soir, vers 23 heures à Mirontsy, des gendarmes ont "incité" ceux qui discutaient sur la place publique à rentrer chez eux. Mardi soir, plusieurs groupes ont patrouillé dans les rues de Mutsamudu. Certains en uniformes ; d'autres en civil. Quelques heures plus tôt, un camion chargé de soldats surexcités, a traversé à toute allure la capitale, aux sons des klaxons et des chants menaçants. "Ils vont à Sima", affirme-t-on sur la corniche de Mutsa. Les récits d'intimidations et d'arrestations arbitraires sont légion. A Mirontsy, Mutsamudu, Bambao Mtsanga, Domoni, Sima, Bimbini, etc. On parle de dizaines de personnes emmenées, entre minuit et 3 heures du matin, dans l’un des camps qui "accueillent" les opposants…

    Faire le tri entre la rumeur et l'information à Ndzuani est plus difficile encore que dans le reste de l'archipel -c'est dire ! Il n'est ainsi pas aisé de savoir où est le vrai, où est le faux. Sur Internet, on évoque des viols et des tortures. Sur place, personne n’a entendu parler de viols. "Sous Abeid, il y en a eu, mais pas actuellement, je ne crois pas", dit un partisan de Sambi. Abdou Madi peste pour sa part "contre ces rumeurs insultantes pour notre pays et pour les Anjouanaises". "Par contre, il y a des tortures. Un ami à moi, un cousin de Sambi, s'est fait arrêter à 2 heures du matin. Les gendarmes avaient entouré sa maison. Pendant plusieurs jours, ils lui ont frappé le bout des pieds. Pas le corps ni le visage. Juste le bout des pieds. Il a été emprisonné deux semaines. Il ne pouvait plus marcher à sa sortie", affirme un autre partisan de Sambi, chez lui, tard dans la soirée. Sa faute : être de la famille du président de l'Union. Un autre cousin de Sambi, Omar Ahmed Galela, est lui toujours en prison, depuis bientôt un mois.

    D'autres récits font état de coups sur la tête et le dos. De piétinements. De footing imposé bien avant l'aube. De piqûres à l'aide de seringues. Un médecin qui a tenu à rester anonyme dit avoir soigné une personne ainsi martyrisée, et avoir effectué des tests VIH et Hépatite B pour vérifier qu'elle n'avait pas été contaminée par ces piqûres. "A sa sortie, il est resté quatre jours alité."

    De nombreuses familles ont été touchées. Elles ont vu leurs fils emprisonnés à Ouani, au terrain d'aviation -certains sont parqués dans un conteneur, affirment des témoins-, à Patsy ou à Domoni -où certains seraient emprisonnés dans une citerne, comme à l'époque d'Abeid. Elles les ont retrouvés pleins de bleus et de contusions. Mais très peu acceptent de parler. Leur refus de s'exprimer ou de présenter leur fils, alité, est en soi une information. "On est désolé", me dit-on à plusieurs reprises. "Revenez après le débarquement, là on pourra vous parler."
    Un commerçant qui a passé un mois en prison pour une faute dont il n'a toujours pas eu connaissance -il a été jugé, mais ne connaît pas le verdict du Tribunal-, se souvient de sa détention, à la prison de Patsy. "Nous étions entre soixante et soixante-dix. Moi, j'avais le droit de sortir dans la cour la journée, mais les autres, non. Pour manger, on nous donnait un repas par jour. En tout, on avait 40 kilos de riz et un kilo de poisson. Ce n'était que de l'eau." Dans un premier temps détenu au camp militaire de Sangani, dans un canal de 8 mètres de long sur 2 de large et 2 de hauteur, il a ensuite été placé dans une cellule individuelle durant neuf jours. Puis il a été envoyé à Patsy, où il se trouvait en présence d'autres détenus. Des anciens, prisonniers de droit commun. Et des récents, prisonniers politiques selon lui. "Ces derniers étaient parfois placés dans un petit canal comme celui où j'ai été mis les premiers jours, et on y jetait de l'eau. Il ne pouvaient pas s'y allonger et devaient rester debout…" Certains étaient parfois emmenés ailleurs, "où ils étaient frappés à coups de bâtons sur le talon. Quand ils revenaient, leur talon était enflé ; ils ne pouvaient plus marcher”.

    Le régime nie les tabassages et les incarcérations politiques. Abdou Madi, porte-parole du gouvernement, reconnaît que les arrestations se sont multipliées depuis l'"attentat" contre la voiture de Roukia -début janvier, la voiture de la directrice des Douanes, l'une des plus proches collaboratrice de Mohamed Bacar, a été incendiée, ce qui a provoqué la destruction de deux autres véhicules garés à proximité.  Il parle d'"opérations de maintien de l'ordre"-, et reconnaît "un durcissement des méthodes dans le but d'atteindre la vérité", mais, soutient-il, "on ne peut pas dire qu'ils ont été malmenés". "L'opération a été déclenchée depuis l'incendie criminel. On ne va quand même pas nous reprocher d'ouvrir une enquête judiciaire alors que trois voitures ont été brûlées !" Selon lui, l'enquête a permis de trouver des documents dans lesquels étaient programmées des opérations contre le pouvoir : incendies de maisons, enlèvements -"dont le mien". Le témoignage de notre commerçant remonte cependant à la fin de l'année 2007, bien avant ce que le Parquet a qualifié d'"attentat".
 
    Les propos d'un autre membre du gouvernement, dont nous préférons taire le nom, sont plus nuancés. Il ne nie pas les arrestations arbitraires -des membres de sa famille en ont été victimes- et les tabassages. Il assure cependant que "c'était après l'incendie des voitures" et qu'aujourd'hui, "c'est en voie de normalisation". Toujours selon ce ministre, "beaucoup d'exactions sont le fait d'éléments incontrôlables de l'armée. Les directives ne viennent pas forcément d'en haut, mais certains soldats croient bien faire en agissant de la sorte".

    Le reste n'est que propagande organisée depuis Moroni… C'est ce que soutient Abdou Madi. "Ils exploitent les nombreux départs." Selon lui, "c'est vrai que les gens fuient, mais ce n'est pas parce qu'ils ont peur du régime Bacar. C'est parce qu'ils sont atteints psychologiquement par la possibilité de l'agression militaire de Sambi." Dans la rue, le discours est bien différent. "Depuis quelques jours, Mirontsy et Mutsamudu sont des villes isolées", dit un habitant de Mirontsy, employant le mot "isolées" pour celui, plus juste, d'abandonnées. "Les gens fuient la répression politique. Ils ont peur car ça peut arriver à n'importe qui." "Les récits des prisonniers nous sont parvenus et on ne veut pas vivre ça. Ceux qui sortent fuient vers Moroni ou Mohéli ou se cachent"  dit un partisan de Sambi qui, depuis plusieurs jours, se fait discret. "Je sais qu'on me surveille, mais moi au moins je n'ai pas à me cacher. Même si je sais que mon jour viendra." Ils seraient une dizaine aujourd'hui, à déménager chaque soir de cachette en cachette. Dans la médina de Mutsamudu, dans ses faubourgs, en brousse.

    Kamal Ali Yahoudha est l'un d'eux. Joint par téléphone, le journaliste recherché depuis début décembre par les autorités anjouanaise affirme que la répression s'est intensifiée ces derniers jours. "Depuis l'incendie de la voiture de Roukia", dit-il. Il fait selon lui l'objet d'une quête incessante. "Ils veulent à tout prix m'attraper. J'ai même dû cacher ma femme." Auteur d’un blog sur Internet, il y délivre des informations gênantes pour le pouvoir, mais parfois non vérifiées...

    Récemment, il a lancé une rumeur selon laquelle l'hôpital de Hombo serait transformé en camp militaire. Des gendarmes y ont été vus en train de construire un bâtiment. Abdillah Sidi, le directeur du Centre hospitalier régional, est qualifié par les opposants au régime de “bacariste”, et fait partie des personnes interdites de quitter le territoire dans le cadre des sanctions imposées au régime Bacar par l’Union africaine. Lui se dit apolitique, et affirme qu'il continuera à diriger l'hôpital comme il le fait depuis bientôt quatre ans. Il nie les accusations du journaliste : "Yahoudha a lancé  cette information parce qu'on a vu des soldats au CHR, mais il n'a pas cherché à savoir pourquoi ils sont là. Il a dit que le pouvoir allait en faire un lieu de repli." En fait, assure le directeur, "ils construisent une maison pour un coopérant chinois. Actuellement, nous avons trois médecins chinois, mais seulement deux logements. Ils ont exigé un troisième logement sous peine de partir."

    Au CHR, l'ambiance est morose. Outre les nombreux arriérés de salaire -les médecins se sont récemment fait payer leur mois d'août 2007- les services tournent au ralenti. "Depuis quelques semaines, il y a moins de monde. Cela ne signifie pas que les gens sont moins malades, mais qu'ils n'ont plus d'argent pour venir jusqu'ici. Depuis Mirontsy ou Mutsamudu, cela revient à 600 fc, bien plus depuis la brousse. Tout le monde n'a pas cette somme", regrette Abdillah Sidi. Au service de pédiatrie, alors qu'auparavant, on traitait quinze à vingt cas par jours, on n'en compte pas plus de cinq actuellement. "Avant, à cette heure [11heures, ndlr], il y avait une file indienne ici. Regardez : il n'y a déjà plus personne aujourd'hui", indiquait mardi le docteur Rakilou Ahmed. Les enfants malnutris, qui étaient nombreux auparavant, ne viennent plus. "Cela ne signifie pas du tout qu'il n'y en a plus. Au contraire, vu la situation, il doit y en avoir beaucoup plus. Mais ce sont souvent des familles pauvres. Elles n'ont pas les moyens de les amener jusqu'ici… "

    Ici, la perspective d'un affrontement armé ne laisse pas insensible. Si pour l'heure, le directeur affirme n'avoir reçu aucune personne tabassée ou torturée -ce qui implique deux hypothèses : soit elles n'existent pas comme l'affirme le régime, soit elles se font soigner chez elles, comme le disent les opposants-, "nous ne serons pas capables d'accueillir un afflux massif de blessés. Nous n'avons aucun sang d'avance. D'habitude, nous demandons aux membres de la famille de la victime d'en donner. De plus, la pharmacie est presque vide ; nous avons peu de médicaments", indique le directeur. "Nous n'avons aussi que très peu de sérum. Pas assez pour assurer les conséquences d'une guerre. Il doit en arriver dans les prochains jours, mais je ne sais pas quand. Le problème, c'est que comme je fais partie de la liste des interdits de se déplacer par l'Union, je n'ai pas pu aller me réapprovisionner en Tanzanie comme j'en avais l'habitude." Selon M. Sidi, "s'il y a beaucoup de blessés par balle, cela sera dramatique car nous n'avons pas les moyens de les sauver". En ce sens, il continue de croire en un règlement de la crise par la voie diplomatique.

    Seul l'oxygène ne devrait pas faire défaut, "car nous avons suffisamment de cylindres", assure le directeur. "A mon arrivée à la tête de l'hôpital il y a quatre ans, il n'y en avait que huit. J'en ai fait venir trente. Donc c'est suffisant." L'oxygène, c'est pourtant ce qu'il manque le plus aux Anjouanais…

RC
 

2008-09-08

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