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A-t-il été aidé ? Si oui, par qui? Pourquoi ? Et comment ? Etait-ce programmé ? Depuis quand? Où se situe le rôle de l'Etat français? Et celui de ces réseaux françafricains qui n'ont cure des déclarations de bonnes intentions du clan Sarkozy, le président français qui assure depuis des mois vouloir en finir avec la gestion paternaliste des anciennes colonies françaises du continent africain ? Entre les anciens de l'archipel qui voient dans la fuite de Bacar un énième chapitre de la déstabilisation des Comores orchestrée depuis l'Elysée, et les déclarations des autorités françaises, qui assurent vouloir garder des relations cordiales avec Sambi, qui a raison ? Difficile d'évoquer un dossier dans lequel les interrogations sont plus nombreuses que les certitudes. La fuite de Bacar est de ceux-là. Les explications ambiguës des autorités, auxquelles s'ajoutent des non-dits suspects; les versions divergentes des principaux concernés ; certains faits étonnants ; ne permettent pas de savoir précisément comment s'est déroulée l'extradition du dictateur déchu vers la Réunion. Deux semaines après la prise de contrôle de Ndzuani par la coalition des forces comoriennes et africaines, sans réels combats (lire p.11), les circonstances de la fuite de Mohamed Bacar et de 22 de ses hommes, le 26 mars, restent floues. Seule une partie de la trajectoire de la fuite des 23 semble maintenant attestée : celle qui se situe à Ndzuani. Elle ne correspond pas à la version donnée à la Réunion par les fuyards. Selon un des compagnons de Bacar, interrogé par un journaliste réunionnais qui nous a transmis son témoignage, le colonel a passé la nuit de lundi à mardi dans sa résidence de Barakani. Après le début de l'offensive de l'AND et des troupes africaines, vers 4 heures du matin, Bacar se rend avec sa garde rapprochée aux alentours de l'aéroport de Ouani, où ils livre bataille durant quatre heures avant de "décrocher" vers 8 heures. Conscient de la puissance de frappe de ses adversaires, qui pilonnent la zone, le colonel prend la route de Bambao avec 22 compagnons, à pieds… A Domoni, les hommes trouvent une ville aux mains de la coalition, et décident, toujours selon un des 23 fuyards, de continuer vers le Nyumakele, où ils passent la nuit. Mercredi matin, à 9 heures, ils embarquent à bord d'un simple kwassa qu'ils ont réquisitionné, équipé de deux moteurs, depuis le village de Chiroroni -d'où partent une grande quantité de migrants. Une fois en mer, ils décident de ne pas s’approcher des côtes mahoraises avant la fin de la journée, pour ne pas se faire repérer. Ce n'est que vers 18 heures qu'ils débarqueront à Mzouazia… Cette version a été reprise à quelques détails près par le Journal de l'île de la Réunion dans son édition du 7 avril. Selon le quotidien qui soutient ostensiblement Bacar et qui se fie, pour décrire sa fuite, aux seules déclarations de ses avocats et de la préfecture de la Réunion, les hommes auraient passé neuf heures en mer sur un bateau propulsé par un seul moteur de 40 chevaux. Partis de Chiroroni, ils auraient demandé au passeur de larguer sa clientèle prête à partir pour les amener. "A l'approche de l'île, le colonel Bacar prévient la gendarmerie de son arrivée depuis son téléphone satellitaire. Les complicités anjouanaises étant fortes sur l'île, les fuyards débarquent et sont aussitôt pris en charge par trois véhicules qui les conduisent au domicile du frère du président déchu, Daniel Bacar. Le kwassa-kwassa repart immédiatement à vide", indique le quotidien. Cette version a deux avantages pour la défense du colonel : elle confirme la thèse selon laquelle Bacar n'avait pas préparé sa fuite et s'apprêtait donc à combattre -ce qui sauve quelque peu son honneur-, et surtout, elle infirme les accusations de complicité des autorités françaises et comoriennes. Selon nos informations recueillies sur place, la réalité est cependant toute autre. Non seulement, les hommes ne sont pas partis du Nyumakele, mais en plus, ils ne se sont pas battus. Selon toute vraisemblance, le colonel Bacar aurait quitté Barakani le mardi matin. Lui et ses hommes ont été vus dans l’après-midi par des jeunes de Harembo, à Mwamu, une zone montagneuse située entre Jimlimé et Hajoho. Les forces de la coalition ont même été alertées de leur présence, sans pour autant les trouver.
2008-11-19 |