Le 27 mars 2008, journée au cours de laquelle des centaines de Comoriens ont exprimé leur colère contre la France suite à la fuite de Mohamed Bacar à Maore, restera très certainement gravée dans les annales de l'histoire de l'archipel. Si des manifestations anti-françaises s'étaient déjà déroulées à Moroni par le passé, l'explosion subite de violence à Maore, où les Blancs ont été pris pour cibles, et la simultanéité des protestations dans les quatre îles, ont marqué une première. Retour sur une journée pas comme les autres. |
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Il est 6h30 ce jeudi 27 mars. Devant la barge, à Mamoudzou, quelques dizaines de Comoriens -Anjouanais pour la plupart- se regroupent pour protester contre la présence sur l'île de Mohamed Bacar. Si la colère est palpable, rien ne permet de deviner les violences qui suivront, quelques heures plus tard. Déjà pourtant, l'on sent que les manifestants sont déterminés. "On va le trouver. On va le juger nous-mêmes ou le renvoyer à Moroni", dit l'un d'eux sur le rond-point Passot. Certains ont déjà pris la barge pour aller "le chercher" à l'aéroport, où la rumeur l'a envoyé -à juste titre. C'est que Radio Cocotiers peut s'avérer particulièrement efficace. Le préfet Vincent Bouvier s'en est lui-même étonné le 27 mars, lorsqu'il a évoqué "la rapidité avec laquelle les gens ont été mis au courant". La nouvelle de la présence à Maore de Mohamed Bacar et de 22 de ses hommes a commencé à circuler dans l'île le soir même de son arrivée, le 26 mars (lire le parcours de sa fuite p.4). Dès que l'information a été connue, une cinquantaine d'Anjouanais, puis une centaine, se sont précipités aux abords de la maison du frère de Mohamed Bacar, Daniel, où l'ancien dictateur et ses hommes de main se cachaient depuis leur arrivée. "Certains sont arrivés en camions d'un peu partout", se souvient la tenancière de l'épicerie du carrefour. Pendant plusieurs heures -de 21h30 à 1h30 selon le voisinage-, Mzouazia est le théâtre d'affrontements timides entre les manifestants et les forces de l'ordre. Dans la nuit, des barrages sont érigés dans quelques villages du sud, avant d'être dégagés dans la matinée. Le lendemain, l'annonce du transfert de Bacar et de ses proches vers la Petite Terre, en tout début de matinée -ils sont arrivés vers 7 heures à l'aéroport, acheminés depuis la plage de N'gouja en vedette de la police-, a relancé la mobilisation. L'hypothèse d'un déplacement vers la Réunion, censé "contribuer à la paix publique" comme l'expliquera le préfet lorsque la décision aura été prise, n'a fait qu'exacerber la colère. A pieds ou en voiture, des habitants de villages ruraux ont convergé vers Mamoudzou. Dès 6h30, un attroupement se forme devant la barge, où les protestataires manifestent avant de se rendre en Petite Terre. Entre 150 et 200 personnes réussissent à se rassembler devant l'aéroport de Pamandzi. "Nous ne voulons pas d'histoires", dit l'un d'eux. "Nous voulons juste qu'ils nous rendent Bacar, qu'ils le renvoient aux Comores, pour qu'on le juge." "La France ne doit pas protéger un assassin", dénonce un autre. Excités, les manifestants sont accueillis par deux camions de gendarmes -bientôt rejoints par deux autres- qui les repoussent en plusieurs étapes, jusqu'à réduire leur manifestation à néant vers 13 heures. "L'aéroport était une zone stratégique", expliquera plus tard le préfet, Vincent Bouvier. "On devait le protéger." Et pour cause : Mohamed Bacar et ses compagnons de fuite s'y trouvaient…
2008-04-24 |