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Jeudi 20 mars, dans l'hémicycle
du Conseil général. Mirhane Ousséni, la quarantaine, a vite pris ses marques
sur l'impitoyable ring de la scène politique. A peine élu, l'homme qui vient de
vivre sa première campagne électorale à Bouéni décroche l'un des cinq postes
très convoités de vice-président -le quatrième. Un petit exploit pour ce
néophyte, qui en dit long sur ses ambitions. "Quand il veut quelque chose,
il est prêt à tout pour l'avoir", dit de lui un ami d'enfance. Il voulait
gagner l'élection cantonale ? Il l'a gagnée. Il souhaitait que la liste de son
ami Mohamed Youssouf remporte les municipales ? C'est chose faite. Mais à quel
prix ?
Alors que le Parquet a lancé une
enquête judiciaire concernant les deux scrutins -municipal et cantonal- de
Bouéni, suite à une plainte collective déposée par les adversaires de Mirhane
Ousséni et Mohamed Youssouf, les membres de l'équipe vainqueur sentent le vent
tourner. Début avril, des conseillers municipaux ont été entendus par la
gendarmerie. Fin mars, un huissier a fait irruption dans les locaux du Syndicat
intercommunal de développement des communes du sud (SIDS 1), dont Mirhane est
le directeur. C'est que la fraude, ici, ne se cantonne pas aux seules
procurations -580 lors du 1er tour, sur près de 3.500 inscrits et 2.500
votants. Le SIDS, et au-delà certains fonctionnaires, semblent être mêlées à ce
qui s'apparente à une vaste machine à corrompre les électeurs.
Le mécanisme de cette fraude à
grande échelle n'est pas simple à démontrer. Les personnes qui en ont profité
se font discrètes, tandis que ceux qui continuent à en bénéficier préfèrent ne
pas parler. "Ce n'est pas simple de dénoncer son employeur", explique
une opposante. "A Bouéni, tout le monde ou presque compte de la famille au
SIDS. Ici, un emploi est trop précieux pour prendre le risque de le perdre. 700
euros par mois, c'est pas rien !" Or selon nos informations, les pressions
sont nombreuses sur les employés du syndicat. "Le directeur [Mirhane Ousséni,
ndlr] reçoit régulièrement les emplois CES [Contrat emploi solidarité, ndlr]
pour leur rappeler qu'il peut arrêter leur contrat à tout moment",
confirme un cadre de l'organisme, qui a demandé l'anonymat après avoir refusé
plusieurs fois de nous rencontrer.
"Ici, tout le monde craint
Mirhane", indique Ibrahim Saïd Madi, un habitant de Bouéni. Après le 1er
tour, ce postier a été l'un des seuls à oser s'exprimer sur RFO. Cinq jours
plus tard, sa femme manquait de peu de se blesser sur la route, lorsque les deux
pneus du côté droit de leur voiture ont éclaté. Des fentes longues de quelques
millimètres étaient visibles sur les pneus après l'accident. Si la gendarmerie
a refusé d'ouvrir une enquête -la voiture étant sur la route lors de la
découverte des entailles-, Ibrahim, qui assure que "la voiture n'avait pas
bougé de la nuit", croit dur comme fer à "une intimidation".
Le jour du 1er tour, le 9 mars,
il était le secrétaire du bureau 14, situé à la mairie de Bouéni. Avant même
l'ouverture du bureau, "j'avais noté qu'il y avait un très grand nombre de
procurations" : 66 en tout sur 738 inscrits et 504 votants. Au 2nd tour,
il y en aura 52 pour 524 votants. "Certaines de ces procurations étaient
au nom de personnes qui sont parties depuis des années à la Réunion ou en métropole.
D'autres étaient au nom de jeunes qui sont au village, et en pleine santé. Je
ne comprenais pas pourquoi il ne venaient pas voter eux-mêmes. Parmi ceux-là,
j'en avais même aperçu le matin, juste en bas de la mairie !" "Vers
10 heures", poursuit-il, "un jeune homme qui votait pour la première
fois est venu retirer sa carte d'électeur, mais il n'a pas voté. A 14 heures,
j'ai vu le neveu de Mirhane venir voter à sa place - il avait sa
procuration." Les cas suspicieux ne manquent pas. Ils sont d'autant plus
faciles à relever qu'ici, "tout le monde se connaît", affirme
Kourati.
(la suite dans Kashkazi n°71)
2008-11-20 |