|
C'est une scène qui se répète régulièrement à Maore depuis quatre ans. Sur un terrain vague, un tractopelle broie des dizaines de vedettes sous le regard des responsables préfectoraux visiblement satisfaits, et des journalistes. La médiatisation des destructions de kwassa interceptés par la Police aux frontières dans le lagon a été développée en 2004 par le préfet de l'époque, Jean-Jacques Brot, lorsque la lutte contre l'immigration clandestine est devenue la première des priorités pour l'Etat sur ce territoire. Depuis, ses successeurs, Jean-Paul Kihl et aujourd'hui Vincent Bouvier, n'ont cessé de mettre en lumière ce type d'opérations. En 2007, plus de 70 de ces barques ont été réduites en poussière. Depuis début 2008, ce sont plusieurs dizaines de vedettes arrêtées aux abords du lagon qui attendent leur destruction. Ces deux dernières semaines, les autorités françaises en ont intercepté près de dix… La mise en place promise par le nouveau secrétaire d'Etat à l'Outremer, Yves Jégo, lors de sa visite à Maore les 28 et 29 mars, d'un troisième radar, dans le sud, devrait encore multiplier ces "prises". Sensées démontrer l'activité de l'Etat, ces images font cependant sourire à Ndzuani, où l'on capte RFO dans le sud. "Les autorités françaises croient qu'en détruisant les kwassa, elles stopperont les flux migratoires, mais elles ont tout faux", se moque un journaliste de Mutsamudu. "Tant qu'il y aura de la demande, les constructeurs fabriqueront des barques", poursuit-il. Sondi Abdoulatuf, qui fut le premier à en construire dans l'archipel, le confirme : "Pour nous, la destruction des barques est une bonne chose. C'est grâce à ça qu'on continue d'en vendre. Si elles n'étaient pas détruites, les passeurs utiliseraient toujours les mêmes. Là, ils sont obligés d'en acheter de nouvelles. Et je peux vous assurer qu'ils en ont les moyens !" Et pour cause : "Une barque coûte environ 900.000 fc [1.800 euros]", nous indique à Domoni un ouvrier d'une de ces usines. "Avec le moteur en plus, on arrive à environ 1,7 million fc [3.500 euros]. S'il prend 40 passagers à 100 euros [une moyenne, ndlr], qu'il enlève les frais d'essence et le salaire des passeurs, en deux traversées, le propriétaire a financé sa barque". A ce tarif, le jeu en vaut largement la chandelle pour les propriétaires, tandis que les fabricants se frottent les mains… en douce. Il est toujours plus respectable de produire des barques pour la pêche que pour la traversée de la mort…
2008-04-13 |