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“Le séparatisme est mort", a lancé le 5 avril dernier le président de l’Union des Comores Ahmed Abdallah Sambi, de retour à Ndzuani après onze mois d'interdiction “de territoire” par le régime Bacar, et dans l'euphorie de l'après débarquement. Plus qu'un slogan, il s’agit là d’une conviction partagée par une partie de l'opinion comorienne, qui voyait en la personnalité du colonel Bacar, à la tête de l'exécutif anjouanais depuis 2001, l'incarnation du séparatisme insulaire. La victoire militaire du 25 mars contre l'ancien président a donc brisé un mythe. Celui de la citadelle imprenable, et de la théorie séparatiste de la fin de l'Histoire qui avait rallié le 3 août 1997 autour d'une lame de fond contestatrice, les gueux et les nantis, l'illusion et l'utopie, la légitimité et la manipulation. De ce point de vue, l'opération de la coalition a effectivement porté un coup dur aux certitudes qui ont permis aux séparatistes de tenir plus de dix ans sur leurs intransigeances autonomistes. Etait-ce pour autant un coup fatal ? "Ce discours n'est pas seulement naïf, il est surtout démagogique", analyse Anli Yachourtu Jaffar 1. Militant séparatiste radical, ancien membre de l'Organisation pour l'indépendance d'Anjouan (OPIA), son propos ne se démarque pas de ce qu'on entend communément dans les rues de Ndzuani. "Bacar a certes fauté pour avoir humilié, torturé ses frères anjouanais et dilapidé les fonds publics, mais dans le même temps, il a affirmé la personnalité anjouanaise et bien défendu les intérêts de l'île vis-à-vis de l'Union", soutient Mouhtar, un jeune cadre qui ne porte pas l'étiquette de séparatiste et qui ne peut être soupçonné d’être un pro-Bacar. Selon Mouhtar, "les Anjouanais se sont ralliés à l'intervention du 25 mars pour renverser un régime qui leur était devenu insupportable, mais pas pour remettre en cause les acquis d'une autonomie gagnée depuis dix ans". Un discours dont la portée politique n'est pas négligeable puisqu'il est au cœur du positionnement de l'électorat intellectuel de l'île, qui aura à se déterminer lors de la prochaine élection présidentielle annoncée pour la fin jun. "Nous avons soutenu Sambi, mais nous ne voulons pas un chef de l'île qui lui serait soumis", ajoute Ahmed. Le propos n'est pas éloigné de celui d'Anli Yachourtu Jaanfar. "On veut faire passer le soi-disant séparatisme comme étant le fait de personnalités qu'il suffirait d'éliminer ou d'écarter de la scène politique pour que tout soit réglé. On veut de ce fait nier la réalité économique, sociale et politique de ce mouvement qui se nourrit d'injustice, d'iniquité et de frustrations, un mouvement de fond, qui propulse pour la première fois, sur la scène politique, les grandes masses défavorisées d'Anjouan. Rien ne peut plus être comme avant", prévient l'ancien militant de l'OPIA. Dans l'euphorie des premiers jours de l'opération "Démocratie aux Comores", la foule qui exulte et savoure la chute d'un régime qui l'avait murée dans le silence, se garde bien de commenter l'avenir. Mais certaines scènes prises sur le vif révèlent une réalité complexe. Dans une rue de Mutsamudu, une banderole orpheline flotte au vent. On peut y lire : "Le séparatisme est enterré". Comme pour accentuer l'ironie du slogan, à quelques pas de là, Fundi Abdallah Ibrahim, l'homme de la proclamation de l'indépendance de l'île le 3 août 1997, premier président de "l'Etat d'Anjouan", marche d'un pas alourdi par l'âge, mais dans la quiétude. Alors que les sous-fifres du régime Bacar se planquent pour échapper à la vindicte populaire -quand ils n’ont pas été arrêtés-, les chantres du séparatisme déambulent librement.
(la suite dans Kashkazi n°72)
2008-09-08 |