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A égale distance de Sima et de Moya, les deux grandes villes du sud-ouest anjouanais, Vassy est un petit village qui dispose pourtant d'une école primaire, d'un collège, d'un poste de santé, tous logés dans une même enceinte : le mudiria. Le village abrite également une mairie. Si pour faire le tour de Ndzuani on devait commencer par là, on finirait par ne rien comprendre à l'organisation administrative de cette île : avec ses 900 habitants, Vassy ne ressemble à aucun autre village. "Nous à Vassy, nous avions une grande chance", nous explique Soufiani Houmadi, le président de l'Union des jeunes de Vassy pour le développement (UJVD). "Nous sommes le centre géographique de la région Shissiwani. Nous étions destinés à devenir un grand centre administratif régional sous Ali Soilihi. On y a construit alors un mudiria." Le centre géographique, ou plutôt "l'équidistance" : telle était la formule magique pour qu'un village puisse recevoir l'administration décentralisée soilihiste… Faisant "table rase" de l'administration coloniale, jugée inadaptée, trop coûteuse et éloignée du citoyen, Ali Soilihi élabore en effet au début de l'année 1976 un nouveau découpage administratif. Chaque île constitue un wilaya dirigé par un muhafidhu et divisé en bavu, sorte de canton placé sous l'autorité du liwali. A la base administrative se trouve le mudiria, dirigé par un mudir. Réunissant 5.000 habitants environ, le mudiria "n'a pas été fait au hasard" soulignent les historiens Emmanuel et Pierre Verin. "Il est équidistant des principaux villages, parfois en pleine campagne au milieu des ylang-ylang. Cette volonté de distribuer les services hors des murs des bourgs est en complète contradiction avec les institutions de la société comorienne traditionnelle où le regroupement de la communauté se fait autour d'une mosquée du vendredi, insérée au milieu d'un complexe de maisons organisées en quartiers, eux-mêmes hiérarchisés." La région Shissiwani comprenait trois mudiria : à l'ouest, Sima ; au sud, Ouvanga ; au centre, Vassy. Soufiani n'avait que 12 ans quand celui de son village a été construit, mais il reste persuadé d'une chose : "Depuis que les Comores sont Comores, Vassy n'a connu l'utilité des pouvoirs publics que sous le régime révolutionnaire." Formé de quatre blocs disposés en carré autour d'une cour, le mudiria devait comprendre, outre les logements pour le responsable et ses adjoints, des bureaux pour la justice, ainsi qu'une annexe économique pour le stockage des denrées. Selon le texte de la "réforme fondamentale", "en plus de toutes ses responsabilités administratives traditionnelles (état-civil, application des lois et règlements, tutelle des établissements publics, vérification des listes électorales, notation des fonctionnaires), cette administration reçoit de nouvelles compétences plus nécessaires dans un contexte révolutionnaire : la police économique (chargée de dépister les fraudes -marchés noirs, bénéfices illicites, organisation de pénuries), le contrôle des carburants, le maintien de l'ordre avec la possibilité de requérir l'intervention des forces armées, le pouvoir d'arbitrage de tous les conflits (...)". Dans son discours à la milice du 26 mars 1976, Soilihi annonçait que la responsabilité des fonctionnaires affectés dans les mudiria serait de "corriger les habitudes de sorte qu'elles se conjuguent avec une indépendance authentique". (la suite dans Kashkazi n°72)
2008-09-08 |