|
Warning: getimagesize() [function.getimagesize]: Unable to access hyest_jean_jacques95039l.jpg in /home/local/apache/htdocs/sites/m/malango-mayotte.com/kashkazi/article.php on line 30
Warning: getimagesize(hyest_jean_jacques95039l.jpg) [function.getimagesize]: failed to open stream: No such file or directory in /home/local/apache/htdocs/sites/m/malango-mayotte.com/kashkazi/article.php on line 30
Depuis, les uns cultivent leur lopin de terre, les autres végètent dans la capitale… Ce que faisaient, en somme, leurs homologues anjouanais à Mutsamudu, avant que le débarquement et la fuite de Bacar ne changent la donne. Après des mois de galère, les journaliers du port comptent bien reprendre les négociations pour améliorer leur sort, comme le font ceux de Longoni, à Maore, après une longue période de turbulences... Ils s'appellent Anto, Abdillahi, Hospito, Abdallah Soule, Daniel Daoud… Ils sont anciens dockers, boutriers ou matelots, et ont perdu leur travail il y a un peu plus d'un an. Nous les rencontrons -c'est incontournable- place Kalaweni, près du port aux boutres de Moroni, assis à l'ombre d'un badamier, les yeux rivés sur les embarcations de bois et sur la mer. Cette mer où ils ont travaillé pour la plupart d'entre eux depuis leur plus jeune âge… A notre première question, les réponses fusent. "C'est ici que nous passons toute la journée", expliquent-ils avant d'ajouter : "Nous sommes tous au chômage." Ce lieu, ils le nomment mpvo Mbure dju -entendez l'arbre à palabre. C'est ici, entre l'océan et la médina de Moroni, qu'ils se rencontrent quotidiennement. Il est 14h30, ce lundi 14 avril, et ils se préparent pour une partie de pêche : un moyen pour eux de se faire un peu d'argent. Dans un petit seau noir posé sous leurs pieds, ils ont entassé leur matériel, qui attend pendant qu'ils se cotisent pour acheter les 5 litres d'essence nécessaires au moteur de leur vedette. "Vous voyez, même 3.000 fc [6 euros, ndlr], il est difficile pour nous de les avoir", indiquent-ils. Tous font partie de ce groupe d'hommes -304, selon leur avocat- qui se sont retrouvés sans travail au lendemain de l'acquisition de la gestion du port de Moroni, en janvier 2007, par Gulfcom, une joint-venture émirati des sociétés Al-Marwan et Gulftainer. La plupart d'entre eux, dockers, louaient leurs bras lors du déchargement des navires. Quelques uns, plus nantis, possédaient des boutres, ces bateaux de planches aux formes courbes qui, remorqués par des vedettes, transportaient les conteneurs des cargos jusqu'au port, trop peu profond pour accueillir la flotte marchande. Par souci d'efficacité, Gulfcom a révisé les critères d'embauche de ses employés. Au premier rang de ces critères, l'âge et la condition de santé du candidat, qui devait fournir un curriculum vitae et se présenter pour un contrôle physique. C'est ainsi que du jour au lendemain, un nombre important de travailleurs qui jusque là n'avaient eu aucune autre activité, est resté sur le carreau. La société n'a embauché que 80 à 90 dockers qu'elle emploie régulièrement. D'autres, comme ce jeune homme que nous avons rencontré dans un couloir des bureaux de Gulfcom, viennent y travailler occasionnellement et reçoivent directement leur dû. "Hier j'ai travaillé avec eux et je viens toucher mon argent ", nous a-t-il dit. "Nous avons opté pour un nombre précis d'embauches. En cas d'activité intense nous faisons recours à des journaliers", explique le chef du personnel. Du coup, c'est toute une couche sociale qui jusque là gagnait sa vie par un dur labeur, qui est en train de disparaître. Une force de travail qui jouissait autrefois d'une certaine puissance, et pouvait si elle le voulait bloquer l'activité économique du pays. Les dockers avaient d'ailleurs retenu, dans les années 80, l'attention du parti marxiste Front démocratique (FD), qui voyait en eux un groupe assimilable au prolétariat. "Ces gens faisaient leur travail dans des conditions extrêmement difficiles", indique Idrisse Mohamed, ancien cadre du FD. "Pour les révolutionnaires comoriens, les dockers constituaient l'une des classes ouvrières comoriennes et on s'était intéressés à eux." Issoufa Mmadi, un matelot de 55 ans, ajoute que "l'ex-président Ali Soilihi disait à l'armée révolutionnaire : 'Respectez bien ces gens qui soulèvent les marchandises au port, ils sont des soldats comme vous…'" (la suite dans Kashkazi n°72)
2008-09-08 |