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Une chambre transformée en studio, au cœur de Doujani, banlieue de Mamoudzou. Un four micro-onde, deux canapés, une table, la clim' -excusez du peu-, une montagne de basket à l'entrée, et l'essentiel : "une table de mixage, un ordinateur et des micros", énumère MC Bo Houss, l'un des occupants des lieux. Il oublie le son qui sort des baffles… "Maintenant à qui la faute si mon pays tombe en ruine Si l'Afrique n'a plus d'cran Et qu'les Comores n'ont plus d'tune A qui la faute si les frontières font grises mine Quand les Comores et les naufrages sont synonymes A qui la faute si on ne sait plus quoi penser Si la langue du billet verts et du Shell est le français A qui la faute si Vivendi a volé le peuple S'il n'y a pas d'électricité dans le foyer du peuple A qui la faute si la misère opprime les jeunes Si le chômage et la fin font transpirer les hommes A qui la faute si on a perdu la foi Nos racines se résument à nos ancêtres les gaulois A qui la faute si les mers sont nos cimetières Si les morts reposent en paix sous des dunes de sel A qui la faute si on endosse le mauvais rôle Si on est assimilé qu'à la rue et le football Le cœur dans ma main et mon index vers le ciel Devoir d'hommage pour les braves ceux qui sommeille dans le ciel Devoir de mémoire pour ceux qui ont combattu L'impérialisme, cette sombre époque colonialiste"
C'est ici que les membres du collectif Masiwan Vibes se retrouvent, tous les jours ou presque. "On a essayé de monter un petit studio", raconte Bo Houss, le grand frère passé par la "métropole" -études de gestion, fac d'histoire, échec. "C'est modeste, on n'a pas le matos des grands studios, mais ça nous permet d'être autonomes. Ici, on fait tout : on écrit, on chante, on mixe… On veut être indépendants." Leur chambre est à l'image du hip-hop mahorais : faite de bric, de broc, de beaucoup d'envie, mais aussi de ce qui fait l'essence du rap -ce qui manquait jusqu'à présent, disent-il : la rage de dire les maux de la jeunesse. "La jeunesse d'ici, pas d'ailleurs", assure Mashaka, un autre membre du collectif qui a passé cinq ans et demi en France pour ses études, lui aussi. Au fond, dans une chambre séparée du "studio" par un drap, trône, encadré, le fameux discours de Martin Luther King, "I have a dream". Devant l'écran du Mac, El-Mafio bidouille des sons quand il ne taffe pas sur le tarmac de l'aéroport -son chasuble jaune fluo traîne sur la chaise. Comme tous les autres, il a appris sur le tas. "Pas besoin de faire des études pour y arriver", explique Mashaka. "C'est sûr que ça aide, mais beaucoup de rappeurs ont apprit tout seuls". "On est des autodidactes, et ça, c'est mal vu à Mayotte", renchérit El-Mafio. Il parle en connaissance de cause : "Quand je me suis présenté au Défi Jeunes [un concours primant des projets d'entreprises, ndlr], on m'a rit au nez parce que je n'avais pas fait d'études en ingénierie-son. Mais y'a pas que l'école dans la vie pour réussir. En France aussi, les rappeurs ont appris sur le tas. Moi je vois à la Réunion, ils ont des supers studios, mais on sait manier leurs ordinateurs aussi bien qu'eux." (la suite dans Kashkazi n°73)
2008-11-19 |